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Le Bulot : Biologie, techniques de pêche, production, commercialisation INTRODUCTION Buccinum undatum (Linnae, 1758) appelé buccin ou bulot
vit dans les eaux froides de l'Atlantique Nord. Cette espèce, à grande répartition
géographique et à forte densité sur les zones côtières, est largement
exploitée depuis une cinquantaine d'années au Canada et en Europe du Nord. En
France, la quasi totalité des débarquements est réalisée en Ouest Cotentin
par une flottille de caseyeurs. Le prix de vente a également connu un essor important
lié à une forte demande et à une meilleure organisation du marché.
L'organisation de cette pêcherie s'est progressivement mise en place en étroite
collaboration avec les pêcheurs professionnels. Aujourd'hui, c'est principalement le Comité Régional des Pêches Maritimes de Basse Normandie (CRPMBN) qui, en relation avec les services des Affaires Maritimes, assure la gestion de cette pêcherie. Une demande d'étude a été réclamée par plusieurs industriels quant au potentiel de développement de la pêche au bulot dans le Nord Cotentin et en Baie de Seine. Cette demande est motivée par plusieurs faits : irrégularité d'approvisionnement en bulots, fluctuation du prix du bulot sous la criée de Granville, nécessité d'exploiter de nouvelles zones de pêche pour une meilleure qualité (actuellement trop de bulots parasités). Afin de répondre à cette demande, j'ai rencontré différents intervenants de la filière scientifiques, pêcheurs, transformateurs, mareyeurs, responsables des différents Comités Locaux des Pêches Maritimes ainsi que des responsables qualité. 1. LE BUCCIN : RAPPEL DES CONNAISSANCES. 1.1. Généralités. Le buccin (Buccinum undatum , Linnae 1758)
appartenant à la classe des Gastéropodes, à l’ordre des Néogastéropodes
et à la famille des Buccinidés , est une espèce très répandue des eaux tempérées
et froides des mers du Nord (Dakin, 1912 in martel et al.1986 ). Classification du bulot
Embranchement :
Mollusques Classe :
Gastéropodes Sous-Classe :
Prosobranches Ordre :
Néogastéropodes Famille :
Buccinidés Genre et Espèce :
Buccinum undatum
Figure
1 : Coquille et buccin dans sa coquille D’après
VERON et HUET (1983) Son aire de répartition s’étend du Canada aux
mers sibériennes au Nord, le New Jersey et la côte portugaise représentant sa
limite sud (Figure.2). C’est un des carnivores les plus abondants de la zone côtière
peu profonde, mais on le trouve aussi jusqu’à plus de 200 mètres, sa densité
diminuant avec la profondeur.
Figure
2 : Répartition Géographique du Buccin (d’après QUERO) 1.2. Biologie et morphologie du buccin. L’aspect général du corps est avant tout fonction
de l’aptitude du Gastéropode à élaborer une coquille. Le corps proprement
dit se différencie en quatre régions : la tête, le pied, le sac viscéral
et le manteau. 1.2.1. La coquille : La coquille d’un buccin se présente comme un tube
conique calcifié qui au cours de la croissance, s’enroule autour d’un axe.
La coquille grandit en même temps que le corps. Si la croissance du corps cesse
ou ralentit, celle de la coquille fait de même. Son ouverture est
proportionnelle à la dimension du corps de l’animal. La hauteur de la
coquille se mesure de l’apex à la base. Au point de vue chimique, la coquille est faite de
deux types de constituants, l’une minérale, qui est le carbonate de calcium
cristallisé, et l’autre organique, souvent appelé conchyoline. Cette dernière,
qui représente moins de 10% du poids de la coquille, contient surtout des protéines,
mais on y trouve aussi des glucides et des lipides. L’édification de la coquille est une fonction qui
se prolonge pendant toute la vie du buccin puisque sa croissance ne s’arrête
jamais. Périodiquement, d’ordinaire une fois par an, il forme un « anneau
de croissance » (schéma ). L’âge du buccin est évalué au nombre de stries
visibles sur l’opercule. De croissance lente, le bulot atteint à 10 ans une
hauteur moyenne de 8.6 cm sur la côte Ouest - Cotentin (Santarelli et Gros,
1986 ). Des individus de plus de 10 cm ont déjà été observés (Gendron, 1992
; Ten Hallers-Tjabbes et al., 1996 ; campagne COMOR 2000, Foucher, comm.pers.). Du point de vue de la physiologie, les échanges
aboutissant à cette construction se déroulent entre quatre « compartiments »
qui sont le milieu extérieur (1), l’ensemble des tissus vivants (2), le
liquide extra palléal (3) et la coquille (4)(schémas). Deux parois interviennent dans ces échanges. La
première isole les tissus vivants du milieu extérieur ; elle est représentée
par la surface du corps et le tube digestif. L’autre s’intercale entre ces même
tissus vivants et le liquide extra palléale ; elle est constituée par la
surface du manteau (épithélium palléal externe). La première paroi laisse pénétrer
dans le sang des ions de calcium et de bicarbonate. Le bicarbonate est récupéré à partir de l’anhydrique
carbonique, CO2, grâce à une enzyme, l’anhydrase carbonique. Le calcium et
le bicarbonate peuvent pénétrer directement dans le liquide extra palléal.
C’est là que se construit la coquille. La coloration de la coquille est due à des pigments
noirs, bruns ou rouges dérivés de la tyrosine. La disposition des zones
pigmentées est en rapport avec la répartition de zones cellulaires spécialisées
du bord du manteau.
Figure 3 : Relations entre le manteau et la coquille (D’après Joseph Catanzano et Olivier Thébaud)
Figure 4 : Edification de la coquille 1.2.2. La tête : La tête, où s’ouvre la bouche, porte une paire
d’yeux et une paire de tentacules. Le buccin a également des statocystes (organes de
l’équilibre et de l’orientation). Les deux yeux du buccin sont placés à la base des
tentacules et sont parfaitement conformés avec cornée et cristallin. Les
tentacules céphaliques sont de véritables organes du toucher. Les organes du goût et de l’odorat sont regroupés
sous le nom d’organes chimiorécepteurs. Les premiers perçoivent la présence
de substances chimiques par contact et les seconds les perçoivent à distance.
Figure
5 : Structure d’un
statocyste. 1.2.3. Le pied : Le principal organe locomoteur est le pied. Il forme
une sole pédieuse large et plate. Le pied produit une pièce cornée,
l’opercule qui lui permet de clore le coquille après s’y être rétracté. L’opercule a généralement une structure spirale
dont le point de départ est nommé nucleus
marginal. Il marque l’origine de l’enroulement spiral. La progression est assurée par les muscles pédieux
qui se contractent par ondes successives.
Figure
6 : Bulot rentrant dans sa coquille
1.2.4. Le manteau : Le tégument des buccins est plaqué à l’intérieur
de la coquille qu’il secrète, à la fois par son bord (allongement) et par sa
face externe (épaississement). Le manteau prolonge en quelque sorte la paroi de la
masse viscérale, surtout vers la tête où le repli qu’il forme détermine la
cavité palléale (espace compris entre le manteau et la paroi du corps). Très
importante par les organes qu’elle abrite, branchies, osphradies, glandes
hypobranchiales, la cavité palléale est le siège d’indispensables courants
respiratoires. Elle permet à la tête de trouver protection sous la
coquille. L’eau entre dans la cavité palléale à gauche de la tête, passe
sur l’osphradium (unique) puis sur la branchie et ressort à droite (schéma).
Chez les néogastéropodes, le manteau et évidemment la coquille qu’il sécrète,
s’allongent en une gouttière appelée siphon. C’est par là que l’eau
entre dans la cavité palléale. L’osphradium est très développé.
L’ensemble siphon-osphradium constitue un système olfactif. La glande
hypobranchiale est, elle aussi, importante (figure
7).
Figure
7 : Trajet de l’eau dans la
cavité palléale. 1.2.5. La masse viscérale : La masse viscérale est logée dans les tours de la
coquille, le dernier tour abritant le reste de l’animal quand celui-ci se rétracte
à la suite de la contraction du muscle columellaire. 1.2.6. Appareil circulatoire et excréteur :
Le cœur possède un ventricule et une oreillette. Le
sang est transmis au ventricule par la contraction de l’oreillette puis poussé
dans une aorte. La propulsion du sang se trouve grandement favorisée par les
contractions du corps. Le sang est appelé hémocyanine (nom dû à la
proportion de fer). L ‘appareil circulatoire et l’appareil excréteur
sont intimement liés. L’appareil excréteur du buccin est asymétrique et
consiste en un rein unique (le gauche). 1.2.7. Régime alimentaire et appareil digestif : Guidé par son sens olfactif très développé
qu’il doit au système siphon-osphradium,
le buccin détecte et localise immédiatement un cadavre. Le siphon
permettant de filtrer l’eau, de la canaliser. La partie antérieure du tube
digestif s’organise en une trompe protractile (proboscis) capable
d’atteindre une proie. Au tube digestif sont annexées une ou deux paires de
glandes salivaires qui s’ouvrent à l’entrée de l’œsophage et puis une
glande digestive reliée à l’estomac. La radula (sorte de langue en forme de
ruban qui supporte de très nombreuses dents disposées avec régularité) joue
un rôle important dans ce genre de régime nécrophage. La radula est très
mobile grâce à de nombreux muscles. La nutrition du bulot serait variable selon la
saison, avec des chutes au moment de la reproduction et lors du réchauffement
de l’eau (respectivement décembre et juillet-août-septembre en Manche) (figures
8 et 9).
Figure
8 : Coupe longitudinale
d’une radula.
Figure 9 : Appareil digestif 1.2.8. Appareil
reproducteur :
C’est une espèce gonochorique . Les deux sexes se différencient aux dépens de la partie droite du manteau. Chez le mâle, un sillon cilié conduit les spermatozoïdes jusqu’au côté droit de la tête où se trouve un pénis.Le mâle est facilement reconnaissable par son pénis
pouvant atteindre la moitié de sa coquille. La maturité sexuelle est atteinte,
pour les deux sexes, à des âges et des tailles variant selon les conditions
environnementales locales. Au Québec, la taille à maturité est de 7-8 cm , (Gendron.,1992
) tandis qu’en France, elle est atteinte à 4 ans pour une taille de 5.5 cm et
un poids d’une vingtaine de grammes. Chez la femelle un sillon palléal de même type s’est refermé et a
acquis un riche équipement glandulaire ; c’est dans cette portion de
l’oviducte que les œufs, après fécondation interne, reçoivent un revêtement
d’albumine et se couvrent de membranes. C’est une espèce gonochorique (Figure 10).
Figure
10 : Voies génitales. 1.2.9.
Développement et reproduction : La fécondation est interne. La période de
reproduction varie aussi selon les conditions environnementales. En Manche, elle
a lieu vers novembre - décembre. Elle est suivie peu de temps après, par la ponte. Il est fréquent, à cette
époque, d’observer un déplacement des femelles vers le rivage où les pêcheurs
à pied peuvent alors les capturer . Cette pêche très saisonnière, pratiquée aux
grandes marées hivernales, est connue en Normandie sous le nom de “marée des
chucherolles”. Les oeufs sont enfermés dans des capsules
chitineuses soudées les unes aux autres et accrochées à un substrat dur.
Elles forment alors des amas plus ou moins réguliers pouvant regrouper jusqu’à
15 000 capsules contenant chacune de 50 à 2 000 œufs. L’œuf trouve sa
subsistance d’abord dans le vitellus, c’est à dire dans les réserves
accumulées lors de la maturation de l’ovocyte. Il s’y ajoute souvent de
« l’albumine extra embryonnaire » qui provient des glandes annexes
et dans laquelle baigne l’embryon. En outre, les normaux sont accompagnés
d’œufs nourriciers qui dégénèrent et s’incorporent au matériel nutritif
ou qui sont mangés par l’embryon après un début de développement (adelphophagie). Il n’y a pas de vie larvaire planctonique. A l’éclosion,
vers février, chaque capsule libère 10 à 20 jeunes individus qui présentent
déjà les caractéristiques morphologiques des adultes. 1.2.10.
Habitat : Il a une vie benthique, avec des déplacements limités
. Il est présent sur des fonds de nature très variée, mais il préfère les
substrats meubles souvent riches en débris coquilliers (Jalbert et al., 1989 in
Gendron, 1992). Il reste le plus souvent immobile et enfoui . Le buccin est une
espèce sténotherme et sténohalin : Il supporte mal les températures élevées
et les basses salinités (Gowanlock, 1927 ; Russel et Hunter, 1963 in Ten
Hallers -Tjabbes et al., 1996), une température de 29°C ainsi qu’une salinité
de 2% lui étant fatale.
Figure 11 : Subdivisions du milieu océanique
2.
CONFRONTATION DES DONNEES AVEC L’EXPERTISE DES PECHEURS, ACHETEURS, NFM ET
SCIENTIFIQUES. 2.1. Détermination des
critères commerciaux de taille. La taille minimale de 4.5 cm a été mise en place
lors d’une réunion du Comité Interprofessionnel de la praire et autres
coquillages de pêche. Cette réunion s’est déroulée le 18 septembre 1985.
Il est indispensable de respecter cette taille, quand on sait que la taille
moyenne du buccin à maturité sexuelle est de 5.5 cm. L’obligation de trier
sur zone, quand a elle, a été décrété le 18 novembre 1995. En 1990-95, l’écartement
des barrettes de grille était d’environ 16 mm. L’obligation d’utiliser un
tamis (photo 1) d’une taille réglementaire de 19 mm date de 1996. Le tri demande des efforts importants de la part des
pêcheurs : temps de pêche, manipulations supplémentaires. Bien que des bulots immatures soient pêchés, il semblerait selon les professionnels (scientifiques et pêcheurs) que le stock de bulot reste stable grâce à une bonne gestion de la pêcherie avec notamment le système de licence.
Photo 1 : Triage par tamis 2.2.
Détermination des critères de qualité. La qualité des produits ainsi que les démarches
qualités (exemple : Label Rouge) intéressent de plus en plus les
consommateurs. Le bulot étant devenu un produit à consommation courante, il
n’est pas toujours facile pour les consommateurs de connaître sa provenance,
son origine, son degré de fraîcheur... C’est pour cela que de nombreux professionnels
s’intéressent de très près à cette espèce. Un groupement qualité des Marins-Pêcheurs et des
Mareyeurs de Basse Normandie : Normandie Fraîcheur Mer a déjà identifié
sous sa marque les coquilles Saint-Jacques (1999), et les moules de Barfleur
(2001) qui doivent correspondre à des critères précis. Dans un article du Marin (novembre 2001) Arnaud
Manner, directeur de Normandie Fraîcheur Mer (NFM), nous fait part d’une
volonté de mettre en place un cahier des charges sur le buccin. Le problème sur le buccin a été clairement posé:
“Que se passera-t-il lorsque des bulots hors côte Ouest envahiront le marché
? Quelles garanties de qualité peut-on avoir sur cette espèce ? » Donnons un bref résumé de ces critères de qualité
en ce qui concerne la Coquille Saint-Jacques et la Moule de Barfleur : Coquilles Saint-Jacques : - Aspect extérieur : “0 parasite”. Pas de coquilles fêlées ni ébréchées, le critère
clef étant que l’animal puisse garder le plus longtemps possible son eau. Sur
la coquille elle-même, balanes et autres crépidules sont proscrites. - Fraîcheur : “obligation de résultat”. Preuve qu’elle est bien vivante, la Saint-Jacques
doit claquer sans hésitation lors de la première vente. Le consommateur aura
dans son assiette une coquille débarquée au maximum 48 h auparavant. Au-delà
de ce délai, le détaillant n’aura plus le droit d’afficher la marque NFM. - Période de pêche : de la mi-novembre à fin mars,
du moins en Manche et lorsque la coquille est coraillée. - Deux tailles admises : 11 à 13 cm ; 13 cm et plus.
Le tri n’est cependant pas obligatoire. - Qualité de chair : une belle noix blanche et un
corail orangé. Projet d’étiquette billot / bourriche
Figure 12 : Projet d’étiquette NFM Moules de Barfleur : - Taux de chair dans la coquille. - Propreté extérieure : pas de balanes et autres épibiontes,
pas de vase. - Propreté intérieure : absence de crabes et de
sable.
Figure
13 : étiquette NFM pour les moules. NFM aidée par certains professionnels a finalisé,
conjointement avec le SMEL de Blainville et avec la participation du CLPM de
l’ouest Cotentin, une étude en vue d’analyser l’incidence des pratiques
de pêche sur la fraîcheur du buccin. Mes entretiens avec Arnaud Manner et
Dominique Lamort (collaborateur à NFM) m’ont beaucoup appris sur le bulot. La qualité du bulot dépend de nombreux facteurs. La propreté : Le bulot
doit être propre c’est à dire sans sédiment, sans reste de boëtte. Il faut
donc le trier, le laver et le rincer. Taille homogène et réglementaire
: La taille minimale de commercialisation étant de 4.5
cm, chaque pêcheur doit rejeter les sous tailles dans la zone où il pêche. Lors d’un entretien avec le directeur d’une
entreprise de transformation, le problème des plaintes et des réclamations en
ce qui concerne la qualité du tri des bulots achetés sous la criée de
Granville est récurent. Pour lui, les bulots ne sont pas assez triés. On
trouve dans chaque lot une quantité non négligeable de sous-taille et de
bulots galeux. Cette année, il n’aurait pas encore acheté de bulot sous la
criée de Granville. L’essentiel de ses achats ont été effectué à l’étranger
: en Angleterre et en Irlande (800 tonnes). Ce n’est pas la seule raison, le
prix y étant aussi pour quelque chose mais ceci montre néanmoins qu’on peut
améliorer la qualité en effectuant plus de triage. La plupart des pêcheurs que j’ai rencontré,
m’ont relaté la proportion importante de sous taille remontée dans leurs
casiers à savoir entre 30 % et 50 %. Le triage permet aussi d’éliminer les prises
accessoires comme : les nasses (Nassarius reticutatus), les nucelles (Nucella
lapillus) et les murex (Ocenebra erinacea). (Figure 14 ). Ces prises accessoires peuvent représenter jusqu’à 50% des prises d’un casier selon les pêcheurs. La profession avance deux explications sur le problème du tri notamment avec les deux méthodes principales :
Figure
14 : Prises accessoires (J.
NICHOLLS) Les différentes méthodes pour trier le bulot sur
les bateaux : - Le tamis : efficace, il prend peu de place
mais il ne peut accueillir qu’une petite quantité de bulot à la fois.
Beaucoup de pêcheurs mettent trop de buccin sur le tamis ( gain de temps) ce
qui implique un tri mal fait. - La trieuse hydraulique, cylindre : composée
de barrettes écartées actionné par un moteur et dont la rotation provoque un
tri sélectif des bulots. Cet engin demande un fort investissement et de la
place sur les bateaux. Les petits bateaux ne peuvent pour l’instant pas en
installer, mais un projet de fabrication de trieuse de petite taille serait en
cours. Les sous-taille sont remis directement sur zone La Fraîcheur : Le bulot doit être bien vivant, mobile, son opercule
bien adhérent, il doit se rétracter au touché et ne pas avoir d’odeur désagréable. Pour cela, il faut veiller à ne pas le laisser trop
longtemps hors de l’eau, à le protéger contre le vent,
la pluie et contre le soleil avec par exemple des bâches Les caseyeurs utilisent la nécrophagie du bulot pour
le pêcher. Il est donc très important de les rincer pour enlever toute odeur
et tout reste de charogne. Sur le constat de la profession, un bulot bien lavé
se conserve plus longtemps. La qualité de la boëtte influe directement sur la
capturabilité du bulot. D’après Himmelman (1998), la forme et la taille de
l’aire de capture d’un casier sont principalement définies par les
conditions de courant (vitesse et sens). Un courant fort va augmenter l’aire
de dilution de l’appât mais va diminuer la vitesse de déplacement des bulots
vers le casier. La qualité et la quantité d’appât a donc une influence sur
la capacité d’attraction du casier mais aussi sur la qualité du bulot (goût
et odeur). Actuellement, 70% des bulotiers travailleraient à
trois appâts. Les boëttes les plus souvent utilisées sont : roussettes, crabes vert, tourteaux. Selon les arrivages, les bulotiers utilisent aussi
des têtes de morue, des étrilles ou des araignées. Ces appâts sont achetés dans différentes sociétés
comme : Copéport, Sonefa, K Dual.... Plusieurs pêcheurs m’ont fait part de l’arrivée
de nouvelles boëttes sur le marché notamment de petit boudin de poisson venant
d’une entreprise de Concarneau. Le budget d’appât aurait triplé en 20 ans. La
forte demande aurait augmenté le
prix de vente de ces espèces servant de boëtte. Les crustacés seraient les plus attractifs, leur
carapace permettant une diffusion assez longue de l’odeur. La roussette quant
à elle garantirait une nourriture suffisante pendant 24 heures pour les bulots
du fait de sa peau et de sa chair dure. Enfin, selon les professionnels la fraîcheur
de l’appât va déterminer la qualité olfactive du bulot. L’utilisation de pouche (filet à maille très
fine) n’a pas de conséquence négative sur la qualité du bulot à condition
que les bulots n’y restent pas trop longtemps. Les pouches sont utilisées
comme des viviers, elles sont laissées dans l’eau pour garder le surplus de pêche
(si le quota a été dépassé). Un des problèmes revenant souvent est le problème
des bulots galeux. Parasitage : (Figure 15 et 16). On parle de bulot parasité lorsqu’il y a présence
de balanes (Chthalamus stellatus et Balanus balanoides) ou de crépidule (Crepidula
fornicata).
Figure
15 : Crépidules (Crépidula fornicata)
Figure 16 : Balanes
(Chthamalus
stellatus – Banalus balanoides) Le balane est un petit crustacé sessile, fixé sur
les rochers littoraux ou sur les coquillages, entouré de plaques calcaires
blanches formant au centre un opercule. Sa taille est d’environ 1 cm.. La crépidule est un mésogastéropodes (gastéropode
qui présente un cœur avec une seule oreillette, un seul rein et une seule
branchie) qui a une coquille de 2.5 cm de large, ovale. Elle est généralement
fixée à d’autres sujets de la même espèce ou à des bivalves (moules, huîtres..). Les balanes comme les crépidules agissent sur la
qualité du bulot. Le balane altère le goût du bulot lors de la cuisson en
tombant sur la chair et en la rendant croquante. La crépidule quand a elle,
meurt avant le bulot et lui donne une odeur de charogne. De plus, ces parasites font peser plus lourd le bulot
ce qui est une perte directe pour les transformateurs et les consommateurs. Une
entreprise de transformation s’est plainte du nombre croissant de bulot galeux
dans les caisses achetées. Selon Dominique Lamort de Normandie Fraîcheur Mer,
les parasites se développeraient de février à mars, et affecteraient plus ou
moins certaines zones. Une des solutions envisageable, serait la vigilance des pêcheurs
à cette période de l’année. Si une zone est parasitée, il est possible de
séparer les filières ou les casiers lors de la mise en grêle. Toutes les
zones ne sont pas parasitées, on peut donc diminuer le nombre de bulots galeux. L’élaboration du cahier des charges n’est pas
encore finalisée mais devient à l’heure actuelle très important pour l’équilibre
de la pêche au bulot. Plusieurs acheteurs n’acceptent plus le manque de
qualité sur le bulot normand et achètent de plus en plus en Angleterre où le
produit serait mieux travaillé. Ci-dessous, la nouvelle classification du bulot sur
la criée de Granville : 3 catégories de présentation en fonction de leur
niveau de parasitage (source NFM) (Photos 2).
2.3. Détermination
d’un lien possible entre lieux de pêche, mode de pêche et saisons de pêche. On voit bien, d’après ce qui a été dit précédemment
que le lieu de pêche, le mode de pêche et les saisons de pêche sont
intimement liés et déterminent la qualité du bulot. La saison la moins
profitable, selon les pêcheurs est l’été à cause de l’enfouissement du
bulot (chaleur). Cette saison est appelée « la coupure », car soit
ils ne pêchent pas, soit leur pêche est largement inférieure aux autres
saisons. La plupart des pêcheurs rencontrés sont favorables à la mise en avant de la promotion du bulot et y participent mentalement et financièrement. Leurs objectifs sont une meilleure valorisation du produit, un prix plus élevé et la reconnaissance du produit bas-normand par rapport aux importations étrangères (anglaises ou irlandaises). 3. DESCRIPTION
DE LA PRODUCTION ET DU MARCHE SUR LE PLAN EUROPEEN
3.1.L’Europe dans le contexte mondial. Le buccin est essentiellement pêché au casier
qu’il soit en plastique ou en bois. Il est exploité depuis longtemps au
Canada (Villemure et Lamoureux, 1974 in Martel et al ., 1986), dans la Mer de Béring
et la Mer d’Okhotsk et, en Europe, en Mer du Nord et en Manche . Les données
de production mondiale disponibles (F.A.O.) sont très fragmentaires et ne sont
pas représentées dans ce document, le buccin n’étant pas une espèce dont
les débarquements sont significatifs à cette échelle. En Europe, la
production (figure 4) aurait triplé en presque 20 ans : de 5 139 tonnes (Veron
et Huet, 1983) dans les années 80, à 16 600 tonnes en 1998 (sources : ICES).
En Irlande, l’effort de pêche a augmenté de 44% entre 1990 et 1993 (Fahy et
al. , 1995). Les débarquements ont fortement augmenté dans les années 90 avec
l’ouverture de nouveaux marchés vers l’Extrême Orient, particulièrement
le Japon et la Corée. Depuis quelques années, Saint-Pierre-Et-Miquelon a
investit dans le bulot face à la chute de la pêche à la morue. Ce développement
a vu le jour avec l’augmentation de la demande du marché asiatique ( Corée,
Chine, Japon ) qui a poussé à l’investissement d’unité de transformation
: bulots cuits, crus, décoquillés ou non. Le prix d’achat de ce gastéropode
est en moyenne de 0,46 euro par kilo ce qui est très compétitif. (sources
PDM N° 70 – décembre, janvier 2002) De 1995 à 1998 au Canada, les débarquements de buccin ont oscillé autour de 1000 tonnes et ils ont atteint un maximum de 1430 tonnes en 1999 soit une hausse de 70% par rapport à 1998 (Tableau 1). En 1999, 95% des débarquements proviennent de la Côte Nord. Cet effort de production peut s’expliquer par la rentrée du buccin canadien sur le marché japonais (MPO, 2000. Buccin des eaux côtières du Québec. MPO - Sciences ; Rapport sur l’état des stocks C4 - 09 (2 000)). En effet, le buccin du Canada (plus gros) a été bien accepté sur le marché japonais en raison de sa similarité avec la viande (le buccin étant utilisé pour la confection de nombreux produits).
Tableau 1 . Débarquements de Buccins par zones de pêche au Canada
Figure
17 : (Source : ICES)
Figure 18 :
répartition des débarquements européens de Buccinum undatum de 1990 à 1998 par pays (Source : ICES) L’Irlande, premier pays producteur en 1995 (5 900
tonnes) ; d’après les données ICES, a vu sa production chuter (3 667 tonnes
en 1998) à cause d’une surexploitation de leur stock (Fahy et al., 1995).
Depuis 1999, la production du buccin à de nouveau progressée. En 2000, l’Irlande
a exporté 4119.7 tonnes de buccin (tableau 2 ).
Tableau 2 : Quantité de bulot irlandais exportés
en France en 2000 (source : BIM) De 1995 à 1998, en Ecosse, les débarquements de
buccin ont été au alentour de 1100 tonnes et ils ont atteint un maximum de
2274 tonnes en 2000 (tableau) soit une production
qui a doublé. Source : Fisheries
Statistics Unit (fsufish.defra.gsi.gov.uk) L’Ile de Man et la Belgique pêchent aussi
traditionnellement le buccin avec de faibles débarquements (pour chaque pays
moins de 1% de la production européenne ). La pêche au buccin a connu une forte progression en
Angleterre dans les années 1990 en raison d’une augmentation de la demande.
En 1995, 4 392 tonnes de bulots ont été débarquées en criée. En 1998, la
quantité débarquée était de 5 412 tonnes. Depuis, les captures de bulots
n’ont cessé d’augmenter et ont atteint 8 471 tonnes en 2 000. Il ne faut pas oublier les quantités de bulots qui
ne passent pas en criée et qui ne sont donc pas comptabilisées dans ce
tableau. Les zones de pêche les plus importantes sont : Yorkshire et l’Ouest
de la Manche. Depuis quelques années des scientifiques s’intéressent à la
taille de la maturité sexuelle du buccin du fait d’une baisse sensible des
stocks (Figure
19). Ce
graphique nous montre bien que la taille à maturité sexuelle varie fortement
selon les zones côtières.
Figure 19 : Taille du bulot à maturité sexuelle Source :
Fisheries Statistics Unit (fsufish.defra.gsi.gov.uk) La vente de bulot sous criée en France a aussi connu de nombreuses variations. En 1995, la vente représentée 3479 tonnes pour 6266 tonnes en 1998. En 1999, la vente de bulot sous criée est passée de
5941 tonnes avec un prix moyen de 1.02 euros par kilo à 6396 tonnes en 2000
pour un prix moyen de 1.27 euros par kilo. De 1999 à 2000, la quantité de
bulot vendue sous criée a augmenté de 8% et sa valeur de +35%. Les retraits
quant à eux sont assez minimes, en 1999 ils étaient de 8.9 tonnes pour 4.7
tonnes en 2000. Les retraits ont diminué de 47% de 1999 à 2000. En 2001, la quantité de bulot mise en vente était
de 6974 tonnes avec un volume de retrait de 140.6 tonnes d’où une quantité réelle
de 6834 avec un prix moyen de 1.29 euros par kg. De 2000 à 2001, les quantités vendues ont augmenté
de 7%, la valeur a augmenté de 9% et enfin, le prix moyen de +2% (Source :
OFIMER) (Tableau
3).
Tableau 3Source :
OFIMER Synthèse mensuelle. Données de commercialisation sous criée. En 1999, la quantité de bulot pêché était de
12729 tonnes pour une vente sous criée de 5941 tonnes. Tout ceci montre bien,
que seule une partie de la pêche est vendue sous criée (Source : OFIMER). Les données françaises sont largement sous-estimées
et la chute de 1995 n’existe pas dans les productions estimées. Comme il a été
dit précédemment les débarquements français proviennent essentiellement de
la côte Ouest Cotentin. Or, une partie importante des pêcheurs de buccins de
cette zone ne débarquaient pas en criée. Les informations provenant de l’ICES
pourraient ne provenir que de ce type de débarquement. L’année 1995
correspond à une année de
discorde entre pêcheurs au sujet des mesures de gestion et ces problèmes
pourraient avoir eu une incidence sur le mode de vente. La criée de Granville apparaît comme la première halle à marée pour cette espèce (80 % des débarquements, source : OFIMER). Sur le plan régional, plus de 6 000 tonnes sont commercialisées directement auprès des mareyeurs et ne sont pas prises en compte dans les statistiques nationales. Il en est de même, à l’échelle du golfe Normand Breton, des productions des pêcheurs de Saint-Malo (environ 3 000 tonnes par an) et de celle des producteurs de Saint-Brieuc (production non estimée). Le poids du bulot par rapport aux autres coquillages de pêche :
Tableau 4
Source :
OFIMER Bilan annuel de production 1999 des pêches et de l’aquaculture. En 1999, le buccin était le deuxième coquillage le
plus pêché. Le buccin est une espèce dont les caractéristiques
biologiques en font une espèce particulièrement sensible à une
surexploitation : faible vitesse de croissance avec une maturité tardive,
faible fécondité et pas de stade planctonique permettant la dispersion, sédentarisation
des adultes. De plus, c’est une espèce sensible à la pollution et à de
fortes concentrations de TBT(provenant de peinture anti-fouling) provoquant l’imposex
(les femelles développent un pénis). La pollution associée à la surpêche a
provoqué l’extinction de certains stocks dans différentes zones de pêche.
Ainsi, la pêcherie de la mer de Wadden en Mer du Nord a disparu (Caddee et al.,
1995 in Nicholson et al., 1997) et la zone de pêche du Sud Est de l’Angleterre
a été réduite à une petite zone de 20 x 20 kilomètres (Ten Hallers -
Tjabbes et al., 1996). 4.
DESCRIPTION DE L’ORGANISATION PROFESSIONNELLE BASSE-NORMANDE DU BULOT. 4.1. Généralités. 4.1.1.Caractéristiques de la zone d’exploitation Le golfe Normand Breton est limité par les côtes de
Bretagne et du Cotentin (Figure 20 ). Il est caractérisé par l’amplitude exceptionnelle des marées (11.5
mètres de marnage en vive eau moyenne dans la baie du Mont Saint-Michel), des
profondeurs toujours inférieures à 50 mètres et de nombreuses îles dont
beaucoup ne découvrent qu’à marée basse.
L’important brassage des eaux dû au courant de marée
et à la houle empêche la formation de thermocline (couche d’eau dont la température
diminue rapidement avec la profondeur) et réduit l’amplitude de la variation
saisonnière de la température de l’eau.
Figure
20 : Le golfe normand-breton. La côte ouest cotentin bénéficie d’un climat océanique
tempéré très largement influencé par les courants atmosphériques frais et
humides venant de l’Atlantique. Les vents sont de dominante nord-ouest et les
coups de vent de secteur ouest. Les fonds sont principalement composés de graviers
et de mélange sables et graviers, type de sédiment propice à l’existence de
buccins sur cette zone.
Figure 21
: Sédimentologie des fonds de l’ouest-cotentin 4.1.2. Historique de la pêcherie. Le buccin était déjà utilisé au XVème siècle
par les Bretons et les Normands comme appât pour la pêche à la morue sur les bancs de
Terre-Neuve. Joubin(1911 in Santarelli,1985) est l’un des premiers auteurs à
décrire la pêche au buccin dans le golfe normand-breton : capture de quelques centaines de kilo par an, à pied
et à la drague. Les premiers casiers ont été utilisés dans les années
50. Depuis, la production dans cette zone est passée de quelques tonnes à plus
de 10 000 (CRPMBN, 2001). 4.1.3. La flottille. Pendant longtemps, le buccin a fait partie des captures accessoires des dragueurs de praires qui avaient le droit de commercialiser 10% du tonnage total débarqué. Depuis 1995, seuls les caseyeurs sont autorisés à débarquer du bulot. La flottille de bulotiers est constituée de bateaux
de moins de 12 mètres exploitant une zone entre la Baie du Mont Saint-Michel et
le cap de Flamanville pour les limites sud et nord et entre la côte
Ouest-cotentin et environ 20 km à l’Est (Photo 3 ).La zone territoriale exclusive de Jersey (3 milles)
est très contrôlée par la police douanière et ne peut être exploitée par
les bateaux français. Cet endroit quasiment vierge d’exploitation est mis à
profit par les pêcheurs d’Agon-Coutinville à Pirou. Ces pêcheurs
ayant des bateaux suffisamment puissants pour atteindre la limite des
eaux territoriales. Les zones de pêche dépendent des accords de
cohabitation avec les chalutiers et, tous les deux mois les zones réservées
aux chalutiers sont modifiées.
Photo 3 : Pont d’un bulotier 4.1.4. Techniques de pêche. Jusqu’en 1978, le buccin était pêché avec des
casiers en osier, fabriqués artisanalement. Depuis, l’utilisation de casiers
en plastique s’est généralisée. Le corps du casier en plastique
s’articule sur une base en ciment servant de lest (Photo 4 ).
L’ensemble pèse une douzaine de kilogrammes. Ils sont gréés en filières de
plusieurs casiers (entre 40 et 60 par filière), l’espacement entre chaque
filière étant d’environ 10 mètres.
Photo
4 : Casier en plastique 4.2. L’organisation dans
la région Ouest-Cotentin. 4.2.1.
Description du système de licence pour cette espèce. Actuellement, la pêche du bulot est le plus souvent
l’activité principale des bulotiers. 35% d’entre eux n’ont pas d’autre activité que
le bulot, les autres pratiquent également le casier à crustacés (homard,
araignée), le casier à seiche ou le filet. Selon le CRPMBN de nombreux armateurs
exercent aussi une activité conchylicole, mais les pêcheurs de bulots,
pour la plupart, ne participent pas à cette activité. Le prix de vente étant
de plus en plus intéressant, les pêcheurs tendent à exploiter cette pêche
toute l’année (en 1999, 80% l’exploite douze mois par an). Les principaux ports ou abris de débarquement sont
Granville avec 35% des bateaux, Pirou (26%) , Gouville (20%), Blainville (8%) (figure
22).
Figure 21 : Sources : CRPBNIl n’existe que 4 ports sur la zone Ouest-Cotentin
: Granville, Carteret, Dielette et Portbail. Les horaires de sortie des bulotiers rattachés à
ces villes sont conditionnés par des horaires de pleine et basse mer. Agon-Coutainville, Blainville et Pirou n’ont aucune
structure portuaire et les marées sont plutôt conditionnées par la demande et
la vente. Cette zone a une grande activité conchylicole et les bateaux
appartiennent souvent à des armateurs. Les bulotiers utilisent des doris pour
atteindre leurs bateaux amarrés à une centaine de mètres de la plage. Les équipages sont en général composés de trois
hommes : un patron et deux matelots. Quelques bateaux pour qui le bulot n’est pas
l’activité principale travaillent à un homme d’équipage ou deux. On rencontre actuellement des bateaux avec quatre
hommes inscrits aux Affaires Maritimes, un matelot restant à terre. 4.2.2.Gestion de la pêcherie de la zone
Ouest-Cotentin. La forte augmentation de la demande du buccin a
provoqué l’intensification de la pression de pêche sur le stock. Suite à
cela, les pêcheurs, par l’intermédiaire du CRPMBN, ont décidé de mettre en
place des mesures d’organisation et de gestion de la pêcherie. Les premières mesures datent du début des années
80 avec l’établissement de quota et l’ouverture de la criée de Granville (Figure
23).
Figure
23 : Ports ouest
cotentin (sources CLOC) La pêcherie a ensuite connu de nombreuses phases de
réglementations et de déréglementations liées au manque de cohésion des pêcheurs
(Annexe 1). Les criées ont par exemple plusieurs fois fermées, les bulotiers
vendant à la fois en criée et
hors criée. En Basse - Normandie, le suivi des pêcheries est
assuré par trois organismes : le CRPMBN , les Affaires Maritimes et IFREMER. Le comité Régional des pêches de Basse - Normandie
est situé à Cherbourg. Avec le soutien du Comité local Côte - Ouest, il est
chargé de plusieurs missions : - mettre en place des mesures visant à assurer une
gestion équilibrée des ressources marines. - fournir une assistance technique aux activités de
la pêche maritime et des élevages marins de la région. - contribuer à des expérimentations, des travaux de
recherche, des études socio- économiques, ainsi qu’à leurs applications
dans le domaine de la mise en valeur de la ressource marine et aquacole. Le laboratoire “Ressources Halieutiques“ d’IFREMER
de Port-en-Bessin est chargé de donner des avis scientifiques sur l’état des
stocks auprès des instances administratives de la région Basse-Normandie
(chargé de la gestion des pêches au niveau national et communautaire). Les
travaux de la station s’inscrivent principalement dans un thème d’IFREMER
intitulé “gestion durable des ressources halieutiques”. Elle a pour mission
de : - Collecter et analyser des données sur les
ressources exploitées et sur les activités. - Emettre des avis et réaliser des expertises. - Assurer le transfert des connaissances. Trois chercheurs et deux techniciens se chargent de
suivre les espèces soumises à des quotas européens (sole, plie, maquereau...)
et les autres espèces exploitées (coquilles Saint-Jacques, buccins,
ormeaux...). Un statisticien des pêches et un enquêteur, intermédiaires
entre les professionnels et les scientifiques, récoltent les informations sur
les activités de pêche et de production des bateaux. Les membres de cette
station sont d’origines diverses,
chacun mettant ses spécificités (dynamique des populations, statistiques,
travail en laboratoire, travail sur le terrain... ) au profit de l’étude de
la pêcherie de cette région. Le CRPMBN, a fait de gros effort sur le
traitement des statistiques. Les mesures de gestion actuellement en place sont le
résultat d’un long travail de discussions entre pêcheurs et membres des
comités locaux ou régionaux des pêches maritimes. En France, seul l’Ouest
Cotentin possède de réelles réglementations destinées à gérer la ressource
en buccins. Les autres zones de pêche étant
des lieux de débarquements de petites quantités ou ayant des réglementations
à but commercial
Tableau
5 : Source :
CRPMBN : réglementation en vigueur dans les différentes zones de pêche
du Nord de la France en 2001 (annexe). Voici les principales mesures de gestion actuelle :
environ 80 licences de pêche de buccins sont attribuées. Elles permettent
d’exploiter la zone Ouest Cotentin avec comme limite Nord La Hague et comme
limite Sud le parallèle de la Pointe du Groin. Cette licence ne peut être
attribuée qu’aux pêcheurs exerçant l’activité de pêche maritime et
ayant effectué leurs déclarations statistiques de production de l’année précédente
et aux bateaux de moins de 12 mètres titulaires d’un permis de mise en
exploitation. En cas de changement d’activité du propriétaire,
la licence revient au Comité Régional des pêches (Tableau 5 ). Les conditions d’exploitation sont les suivantes - la pêche du buccin est autorisée toute l’année,
du lundi au vendredi (sauf les jours fériés). Pendant la période du 20 au 31
décembre, la pêche est autorisée tous les jours sauf les 24, 29, 30 et 31 (décembre 2001). - la taille minimale de pêche est de 4,5 cm (mesurée
dans la hauteur) - le calibrage des bulots doit être obligatoirement
effectué sur la zone de pêche afin de pouvoir rejeter immédiatement à la mer
les animaux de taille inférieure à 4,5 cm. - l’écartement des barrettes de la ligne de tri ne
devra pas être inférieur à 19 mm. - le seul engin autorisé pour la pêche du bulot est
le casier. Le nombre de casiers utilisés est limité à 720 par navire. Les
quantités pêchées et débarquées sont limitées à 350 kilos par jour et par
homme embarqué avec un maximum de 1050 kilos par jour et par navire. Les conditions de débarquement sont les suivantes - Seuls les navires titulaires de la licence sont
autorisés à débarquer les bulots. - Les ports ou lieux de débarquements autorisés
sont : Granville, Bricqueville Sur Mer, Agon Coutainville, Blainville Sur Mer,
Gouville Sur Mer, Pirou, Saint-Germain Sur Ay, Portbail, Carteret, Dielette,
Cherbourg. - Chaque navire est tenu de débarquer et de peser ou
de faire peser ses apports dans les lieux de mouillage précisés ci-dessus. - Les captures doivent obligatoirement être déclarées
au Comité Régional des Pêches Maritimes de Basse-Normandie. L’application de ces réglementations est contrôlée
par les Affaires Maritimes. La commission “bulot”, orchestrée par le
C.R.P.M.B.N, se réunit 3 à 4 fois par an afin de mettre à jour les réglementations
et attribuer les licences. A titre d’exemple, en 2000 les quantités pêchées
et débarquées étaient limitées à 400 kilos par homme embarqué avec un
maximum de 1 200 kilos par bateau. En 2001, ces chiffres ont donc été revus à
la baisse dans le but de préserver la ressource (Annexe ) . 4.2.3.Système de soutien et de mise en marché du
buccin. L’Organisation de Producteur de Basse - Normandie
(OPBN) a pour mission d’appliquer un prix de retrait définit par rapport à
la réglementation européenne. Ce prix de retrait constitue une forme
d’assurance contre les accidents du marché (si le produit a du mal à se
vendre). L’OPBN permet également un accompagnement au marché de la cuisson
et une aide à la congélation. L’adhésion à l’OPBN n’est pas obligatoire.
D’après le directeur Richard Brouze, sur 80 bulotiers en basse Normandie, 41
sont adhérents. Une grande partie des bulotiers adhérent donc à
cette politique de prix et versent 3.5% de cotisation. Les non adhérents se réfèrent
au prix fixé en criée. Une cotisation de 11 centimes €/ Kg est demandée
pour la congélation. En 2001, 1 850 tonnes de bulots ont été congelées. Depuis 1998, le prix du bulot n’a cessé
d’augmenter d’où un prix de retrait qui a suivi la même courbe. En effet,
en 1998, le prix de retrait du bulot était fixé à 0.46 € / kg contre 0.49
€ / kg en 1999. Il y a eut une augmentation de 7 %. De 1999 à 2000, l’augmentation a été de 25 %. De
0.49 € / kg on est passé à 0.61 € / kg. La plus forte évolution s’est faite entre 2000 et
2001. Avec une croissance de 51 %, le prix de retrait du bulot est passé de
0.61 € à 0.92 € (Tableau
6 et figure 24). L’OPBN propose aussi deux contrats aux pêcheurs : - prix minimum contrat : qui permet de congeler
les bulots mais aussi de les stoker. - prix maximum contrat : qui permet la congélation
et la cuisson. Le premier a un prix de 1.14 € / kg. Le second a un prix de 1.75 € / kg.
Tableau 6 :
Source : OPBN Le
prix de retrait a augmenté de 101 % de 1998 à 2001. Le
prix du bulot a logiquement lui aussi progressé.
Figure
24 : Prix mensuel du bulot à
Granville (adhérents OPBN) 4.2.4. Caractéristiques et calendriers d’activité
des navires. Les caractéristiques de tous les navires par année
et les métiers pratiqués peuvent être accessibles, de manière exhaustive,
dans les fichiers POP tenus à jour par le Centre Administratif des Affaires
Maritimes. La puissance, la longueur, la jauge et l’effectif de l’équipage
sont donc connus pour chaque année. Les calendriers d’activité des navires sont connus
de 1990 à 1997 de manière exhaustive à partir des calendriers d’activité
recueillis par les enquêteurs d’IFREMER. Ils donnent pour chaque mois et
chaque métier les mois de pêche grâce à une codification binaire. Les informations 1998-1999 sur les calendriers
d’activité sont seulement informatives et seuls les métiers pratiqués et le
nombre de mois d’activité global sont disponibles, informations trop peu précises
pour les utiliser pour une analyse mensuelle. Pour cette année, seuls les
calendriers des bateaux ne pratiquant que cette activité ont pu être utilisés.
Une nouvelle stratégie de travail de terrain s’est mise en place depuis 1999
avec des enquêteurs chargés de récolter des informations et d’instaurer un
dialogue avec les pêcheurs. Le calendrier 1999 pour les bulotiers reste
incomplet. 4.2.5. Données de production et d’effort. Les statistiques de pêche de la production de bulots
ont été obtenues à partir des déclarations
rendues au CRPMBN (bateaux de moins de 10 mètres) et aux Affaires
Maritimes (bateaux de plus de 10 mètres) sous peine de suppression de la
licence. Malgré cela, la base de données depuis 1990 reste incomplète et ce,
surtout pour les bateaux vendant leur production hors criée. De manière générale,
on ne sait pas si les données de production non présentes sont le fait d’une
exploitation nulle du bulot (à un mois donné) ou si l’information n’est
pas connue. Depuis 1990, les données déclarées de production
et d’activité ont été corrigées grâce aux bonnes connaissances du terrain
(bulotiers et certains membres de CRPMBN). Ces informations validées ont été considérées
comme justes Les informations sur l’effort de pêche sont aussi
très incomplètes, les pêcheurs n’étant obligés de préciser ni leur
nombre de casiers, ni leur calendrier d’activité. D’après Santarelli (1985), le temps d’immersion
ne semble pas avoir d’influence sur les captures après un certain nombre d’heures de pêche (4 heures
environ). Les casiers sont relevés toutes les 24 heures pour tous les
bateaux. Le temps de pêche du casier n’est donc pas un bon indice d’effort
de pêche et le nombre de casiers relevés par marée semble donc être l’unité
d’effort la plus pertinente. Ces données étant disponibles, Santarelli
(1985) avait utilisé le nombre potentiel de casiers mis à l’eau, c’est-à-dire
le nombre de casiers que possède un pêcheur. D’après les enquêtes effectuées,
le nombre de casiers relevés par marée diffère d’un jour à l’autre (la
capturabilité d’un casier étant extrêmement variable). Ces données,
difficiles à obtenir (compte tenu des fortes variabilités, ne sont toujours
pas recueillies et seul le nombre de casiers par bateau est disponible (quand
l’information existe). Comme pour les données de production, il est
impossible de vérifier l’exactitude des données d’effort transmises. Lors
des enquêtes, plusieurs pêcheurs ont cité l’existence de bulotiers possédant
environ 1 000 casiers. Les réglementations sur les tailles et les quantités
autorisées ne seraient pas suivies par une partie des pêcheurs (10 %). Les
informations de production et l’effort disponible ne donnent donc
pas une vision très juste de l’exploitation de la zone Ouest Cotentin. 4.2.6 .Evolution de la flottille bulotière On peut observer de 1995 à 1999 une évolution du
bulotier au niveau de la jauge, de la puissance et de la longueur (Tableau
7 ).
Tableau 7 :
Source CRPMBN
Cette tendance à une plus grande variabilité des
jauges de la flottille de bulotiers s’explique
par l’apparition de catamarans à moteur très puissant de longueur moyenne et
de grande jauge. Il en existe deux sur Granville et trois sur Carteret. Ces
bateaux présentent plusieurs avantages, notamment sur Carteret où les
conditions de pêche sont dangereuses
en raison de courants violents et d’une forte houle. - L’espace à bord de ces catamarans évite les
accidents et facilite le travail des matelots - Les intempéries n’empêchent pas ce type de
bateau de sortir. - Les temps de pêche sont minimisés par la vitesse
qui leur permet de pêcher leur quota facilement en allant sur des zones peu
exploitées et par leur faible tirant d’eau qui leur permet d’entrer dans
les ports alors que la profondeur d’eau est faible. Le nombre d’hommes à bord ainsi que le nombre de bulotiers a aussi largement augmenté de 1995 à 1999 (tableau 8 )
Tableau 8 :
Source CRPMBN
L’équipage moyen par bateau en 1990 était de 2.3 (Figure
25 ) et, en
1999, de 2.8. Ceci est lié à
l’augmentation du nombre de bateaux exploitant le bulot à plein temps et au
fait que le quota réglementaire (en fonction du nombre d’hommes à bord, soit
un maximal pour trois hommes et plus). Cette réglementation en place depuis
1997 influe donc aussi indirectement sur la pression de pêche tout en améliorant
les conditions de travail des pêcheurs.
Figure 25 : Nombre d’hommes embarquésLe matériel informatique est sans cesse en évolution
dans le secteur de la pêche. Le GPS, existant depuis plus de 10 ans, est déjà
un progrès très important d’une part, pour la sécurité et, d’autre part,
pour la localisation et le suivi quotidien des coordonnées de pêche. La présence de radars et de sondeurs de plus en plus
sophistiqués favorise une exploitation de plus en plus systématique des
bulots. Certains sondeurs donnent
la nature du substrat. La présence des bulots et leur capturabilité étant
variable selon ce paramètre. L’existence de cartes informatiques et de pilotage
assisté par ordinateur permet aussi une augmentation du nombre de sorties en
mer et des pêches “chirurgicales”. Par exemple, lorsque la filière est
totalement remontée, le patron de pêche place en général sa filière en
parallèle de celle qui vient d’être relevée. Avec les ordinateurs embarqués,
le pêcheur peut placer très précisément sa filière et donc exploiter la
zone de manière la plus optimale possible. Des bateaux de
petite taille investissent aussi dans ce genre de matériel qui est rapidement
amorti. Les pêcheurs, à l’aide de ces moyens technologiques, deviennent donc
de plus en plus performants. Certains d’entre eux pensent que le maintien des
rendements depuis 1990 serait dû
à l’utilisation de ces technologies de pointe. Ces évolutions ne sont pas
quantifiables et ne peuvent donc être prises en compte dans l’estimation de
l’effort de pêche. Les stratégies de pêche ont véritablement évolué
et notamment grâce au matériel informatique. En 1990-1995, tous les pêcheurs
suivaient traditionnellement des itinéraires selon la saison. En hiver, pour éviter
les risques d’intempérie, la zone près des côtes au-dessous des dix milles
était exploitée puis, plus l’été approchait, plus les bateaux partaient
vers l’ouest au-delà de 10 milles des côtes. Actuellement, même si ce schéma
d’itinéraire suivant la saison est à peu près conservé, toutes les zones
sont exploitées une bonne partie de l’année et les zones plus ouest (avant réservées
pour l’été) sont exploitées un, voire deux mois avant cette saison
(mai-juin actuellement). D’après les pêcheurs, les zones habituellement
exploitées l’été donnent des rendements bien inférieurs qu’avant parce
que ces zones ont déjà été pêchées le reste de l’année. Cette situation
semble s’accentuer depuis deux ans avec une diminution sensible près des côtes. Les pêcheurs prennent aussi plus de risques. En
effet, la capturabilité semble, d’après
eux, plus importante sur les zones vaseuses ou sableuses. Ces zones sont
donc les premières exploitées. La diminution de la ressource et le manque de
place disponible sur ce type de sédiment obligent les pêcheurs à travailler
des zones près d’îlots ou de rochers. Ces zones risquées pour la récupération
des filières à cause de la proximité de rochers et de varech peuvent
provoquer la perte des casiers. Ces zones sont d’ailleurs exploitées
seulement en morte-eau. 4.3. Evolution de l’effort de pêche 4.3.1. Evolution des zones de pêche. Voici les trois zones définies : - la zone 1 limitée au sud par la côte bretonne et
au nord par une ligne passant par le nord des Minquiers. - la zone 2 limitée au sud par une ligne passant par
les Minquiers et au nord par une ligne Saint Germain sur Ay. - la zone 3 limité au sud par une ligne Saint
Germain sur Ay et au nord par une ligne passant par le cap de Flamanville. Les zones de pêche 1 et 2 sont exploitées depuis au
moins 20 ans. Elles n’auraient globalement pas changé, excepté sur Granville
où quelques bateaux suffisamment puissants exploitent des zones plus Nord-Ouest
que les zones de pêche traditionnelles. La Baie du mont Saint-Michel n’est plus exploitée
depuis une douzaine d’années. Seul un ou deux bateaux y vont épisodiquement,
cette zone étant réputée pour la taille des bulots. La zone 3 est par contre
exploitée seulement depuis 1990, ce déplacement de zones visant à pallier à
la diminution de la ressource pendant la saison d’été. Des pêcheurs
travaillant habituellement la zone 2 ont suivi les premiers bateaux partant en
zone 3 et des bateaux de Carteret, Dielette et Portbail. Actuellement seuls les
pêcheurs affiliés à ces trois ports exploitent le bulot en permanence dans la
zone 3. Les pêcheurs de la zone 2, exceptés ceux du Pirou,
ont cessé l’exploitation de la zone 3, dissuadés par le temps de trajet, les
problèmes de cohabitation et le faible prix de vente des bulots de grosse
taille. Les bulotiers du Pirou y vont l’été, la zone nord
étant moins touchée par la diminution des prises liées a l’augmentation des
températures (présence de forts courants refroidissant la zone). La cohabitation entre les bulotiers du sud, les bulotiers du Nord et les chalutiers du Nord semble de plus en plus difficile l’été 4.3.2.Evolution du nombre de bateaux Le nombre de bateaux exploitant le bulot au moins un
mois est passé de 64 (sur 70) en 1990 à 81 (sur 82) en 2000. Le nombre de
licences a donc augmenté, il a même doublé pour les zones 1 et 2
(augmentation d’un tiers sur la zone 3). 4.3.3. Evolution du nombre de casiers. Il semblerait que les informations concernant le nombre de casiers données au CRPMBN soient sous-estimées pour quelques bateaux. De nombreux pêcheurs ont cité l’existence de bulotiers travaillant avec un jeu de 1000 casiers (ceci n’apparaissant pas dans les déclarations du CRPMBN). On voit globalement, que le nombre de casiers ainsi que leur moyenne par bateau a augmenté (Tableau 9 )
*
il manque 6 déclarations de production pour 1999 Tableau 9 : Source CRPMBNLe rendement de pêche au bulot par casier quant à lui
tend a diminuer même si la production continue a progresser. Ceci confirme
bien, l’augmentation de casier.
Tableau 10 :
Source CRPMBN 4.3.4. Productions débarquées de 1990 à 1999. Les productions globales débarquées ont presque
doublé en 10 ans puisque, de 10340 tonnes en 1990, elles ont atteint 19014 en
1999 (Figure
26 ).
Les évolutions des quantités débarquées suivent globalement les
modifications des réglementations : - entre 1990 et 1994, l’augmentation de la production (quota de 900 kg par bateau) est liée au nombre de licences (62 en 1990 contre 81 en 1993). - les années 1995 (20000 tonnes) et 1996 (20400
tonnes) correspondent à une période sans réglementation. -
depuis 1997, un quota maximal a été établi, permettant la
stabilisation de la production (19 000 tonnes en 1999). -
La zone 1 est la zone de débarquement la plus importante en 1999 avec
9200 tonnes (Fig ). La zone 2 a une production de 7332 tonnes en 1999. La zone 3
représente un peu moins du tiers des débarquements des deux autres zones (2472
tonnes). La zone 3 est la zone qui s’est développée le plus en dix ans
puisque la production a augmenté de 52 %. Les zones 1 et 2 ont connu un développement
similaire puisque les productions ont augmenté de 46 % pour la zone 2 et de 44
% pour la zone 1. Ces résultats ne sont pas surprenants, puisque la
zone 3 est relativement récente. Pour la zone 1, l’évolution de la
production serait simplement liée à un nombre croissant de bateaux exploitant
cette zone. Pour les zones 2 et 3 cela s’expliquerait à la fois par le nombre
croissant de bateaux, et surtout par une augmentation du nombre de casiers.
Figure
26 : Evolution de la production totale (en tonnes) et par zone –
ouest-cotentin de 1990 à 1999 (Sources CRPBN) 4.4. Etat du stock sur les zones exploitées Les études halieutiques portent sur des stocks définis
: comme la fraction exploitable d’une population biologique considérée comme
isolée et homogène. Une identification biogéographique des principaux
stocks exploités en Manche a été effectuée par IFREMER et le MAFF(Anonyme,
1993). Le bulot n’a pas été étudié. Les bulots sont des animaux sédentaires qui
n’effectueraient pas de migration ou d’importants déplacements. Leur développement
direct ne favorise pas la dissémination des jeunes. Ces traits de vie semblent
favoriser l’isolement de petites populations de buccins et plusieurs travaux
ont montré que les paramètres biologiques (croissance, taille à maturité) de
cette espèce sont variables selon les conditions environnementales locales pour
des zones très proches. En considérant la définition du stock ci -dessus,
la zone ouest - Cotentin serait donc composée d’une multitude de sous-unités
isolées et homogènes ayant des caractéristiques biologiques différentes.
Mais les concepts d’homogénéité et d’isolement restent relativement
vagues et peuvent être aussi interprétés dans le cas du buccin Ouest-Cotentin
comme un stock génétiquement homogène et isolé avec des caractéristiques
biologiques différentes liées aux conditions environnementales locales. Certaines observations permettent de supposer que le
stock de buccin de l’Ouest-Cotentin serait relativement homogène : - Himmelman (1988) considère qu’il y a une
certaine mixité entre sous-population, le bulot étant une espèce relativement
mobile et à vie longue. S’il est vrai que les buccins n’effectuent pas de
migration, les femelles semblent se déplacer ( la distance parcourue est
inconnue ) pour pondre sur des substrats durs (rochers, pieux à moule,
casiers,...). Ce fait pourrait provoquer une relative dispersion. Les oeufs
pondus, même s’ils sont fixés en amas, se détachent et, d’après les pêcheurs,
il est assez fréquent d’observer des capsules d’œufs dériver ou s’échouer
sur les plages pendant la période de ponte. Une étude sur la structure démographique du bulot
peut nous donner des éléments sur l’état des stocks. Grâce à des échantillonnages
relevés sur des bateaux dans les zones 1, 2 et 3 on a pu soulever le
problème de la sous-taille. En effet, les sous-taille pour chaque bateau échantillonné
représentent une part importante des casiers (entre 30% et 50%) quelle que soit
la zone étudiée. La proportion de buccin de petite taille dépend du temps
d’exploitation d’un même emplacement. Il y a un effet d’épuisement en
bulot de grosse taille qui sont les premiers à monter dans les casiers. Les
buccins de petite taille sont ensuite pêchés en quantité importante. Les filières
des bateaux échantillonnés avaient déjà été placées sur le même site
depuis plusieurs marées. La proportion de sous-taille est donc représentative
dans le cas d’une zone fortement exploitée. La fréquence des individus d’âge 0 est extrêmement
variable d’une zone à l’autre puisque cette classe d’âge représente 20%
en zone 1, 11% en zone 2 et 6% en zone 3. Les individus de plus de 5 ans représentent
5% en zone 3 et de 2% en zone 1 et 2 Si globalement les fréquences par âge ne présentent
pas de différence entre zone, on peu observer tout de mêmes quelques
particularités à chaque zone : - dans les zones
1 et 3 la proportion de bulot âgée de un an est respectivement
de 24% et 32% . Tandis que la zone 2 a 24% d’individus âgé de 2 ans. - Les zones 1 et 2 présentent une décroissance
nette des fréquences par âge à partir de 5 ans. Cette tendance est moins
marquée pour la zone 3. En criée la proportion d’individus de taille inférieure
à la taille minimale est comprise entre 7% et 56%. La plupart des bateaux se
situent au environ de 20% de sous-taille. On ne peut pas considérer, compte
tenu du nombre de bateaux en fraude, que la pêche de sous-taille soit
volontaire mais plutôt qu’elle résulte d’une méthode de tri inadaptée. Il apparaîtrait que la meilleure sélectivité est
obtenue grâce à la trieuse hydraulique, mais
cette méthode n’est pas suffisamment efficace (16% de sous-taille).
Les tamis à écartement de grille de 19 mm
laissent passer 25% de sous-taille. Celles de 20 mm : 15% et celles de 21
mm : 20%. 4. 5. Capacité de la commercialisation à s’ouvrir de nouveau march 4.5.1. Vente et commercialisation Le marché français a pris son essor depuis 10 ans avec notamment les bulots cuits. En France, il est principalement vendu en grande surface, dans les poissonneries et dans les restaurants. Intermarché a déjà investi dans ce marché (usines de cuisson) et quelques armateurs travaillent pour eux. Des entreprises comme Mermonde, Monbrun, Kermarée pour l’Ouest Cotentin ont investi eux aussi dans du matériel de cuisson pour le bulot et connaissent une belle réussite.
Figure
5 : Usine de cuisson ( photo Didier
Morineau) A l’étranger, il est exporté principalement vers
la Belgique et les pays asiatiques (les premiers étant le Japon et la Corée). Les Hollandais sont de gros négociants de buccins.
Ils les achètent en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et les revendent en Extrême-Orient.
Ils auraient investi dans une dizaine d’usines de décorticage dans les îles
anglaises. Ces entreprises n’achètent pas de buccin sur le
marché français, le prix anglo-saxon étant bien plus attractif ( 0.64 euro/kg
pour l’Angleterre contre 0.99 euro/kg en France). La Manche est le premier département producteur de
bulots. Ce coquillage est la première espèce négociée sous la criée de
Granville, tant en valeur (36%) qu’en tonnage (41%). En 2001, il est passé à
6883 tonnes (+ 9%) pour 8,86 Millions d’euros (+ 10,4%). 80 armements sont détenteurs d’une licence et 40 unités passent sous criée. Un tiers de la production est destinée au frais et 2/3 à la transformation ( décorticage, cuisson)
Photo 6 : Vente de bulots sous la criée de GranvilleEn 2001, 37 % des producteurs vendent leur buccin à la
criée de Granville, 37 % à des mareyeurs. Les autres passant par les marchés,
les poissonneries, les GMS et les usines de transformations.
Tableau
11 : Source CRPMBN. La vente hors criée reste toujours le mode de
commercialisation majoritaire. Elle donne une surcharge de travail, peut causer
des problèmes de paiement et n’améliore pas les prix de vente, les mareyeurs
s’alignant souvent sur ceux de la criée. Depuis que la Chambre de Commerce et
d’Industrie de Granville a organisé un ramassage des bulots à Pirou,
plusieurs pêcheurs indépendants écoulent désormais leur production sous criée.
4.5.2. La crise du
bulot à la fin de l’année 2001
Faisons un rappel historique : Après le mauvais temps de la fin d’année 2000,
les 10 transformateurs clients de la criée (Granvillais, Bretons mais aussi
Belges ) ont manqué de bulot. Ils ont donc décidé de stocker des bulots
pendant tout le premier semestre 2001. Non seulement le prix du bulot sous la criée de
Granville augmente de 40% sur les 6 premiers mois mais aussi le prix de retrait
qui passe de 0,92 à 1,14 euros alors que le bulot ne passait pas la barre des
0,46 euro il y a quelques années. Le bulot devient une véritable mine d’or
pour les pêcheurs. Mais voilà, la crise du bulot commence à s’annoncer l’été
dernier avec une absence de « coupure « (le bulot est
habituellement peu pêché l’été) et par conséquent un effort de pêche qui
reste constant. Résultat, fin septembre, les congélateurs sont pleins. Et
comme peu de mauvais temps, la pêche continue, le marché est engorgé. Début novembre, l’OPBN et la coopérative de
mareyage Granvil’mer interviennent et rachètent au prix de retrait 283
tonnes, sur une production hebdomadaire de 838 tonnes. Fin 2001, le prix de retrait tombe à 0.85 euro (au
lieu de 1,14 euros) et le nombre de jours de pêche est réduit de 5 à 4 jours
avec un quota qui descend de 1050 kg à 900 puis à 700 kg pour 3 hommes embarqués.
Cette mesure à été appliqué à tout le monde même ceux qui n’adhèrent
pas à l’OP. Depuis mi mai, on est revenu aux quotas d’avant
crise c’est à dire 1050 kg pour 3 hommes embarqués. Selon Richard Brouze,
les professionnels ont misé sur la stabilité des prix, estimant que les
apports supplémentaires augmenteront leur chiffre d’affaire et les
transformateurs ont assuré qu’ils poursuivraient leurs achats. Sur ce sujet, j’ai aussi interrogé plusieurs représentants
de la filière :
transformateurs, mareyeurs et pêcheurs. Pour la majorité des pêcheurs, la mévente du bulot
en fin d’année est due à trois facteurs : -
le sur-stock des transformateurs -
les importation -
une météo favorable Pour certains mareyeurs et certains transformateurs,
il semblerait que la crise du bulot soit due principalement à l’augmentation
régulière du prix du bulot mais aussi à cause d’un approvisionnement irrégulier.
Certains se sont donc tournés vers l’étranger (essentiellement Angleterre et
Irlande ). Selon un des transformateurs interrogé, il achèterait le bulot à
0.64 euros en Angleterre contre 1,22 euros à la criée de Granville. Néanmoins, ces professionnels seraient capable
d’absorber une quantité plus importante de bulot français si des efforts étaient
faits au niveau du prix et de la qualité. Il semblerait donc que NFM et l’OPBN
soient sur la bonne voie pour réussir leur pari sur la valorisation du bulot.
Je pense que cette voie ouverte permettra l’ouverture et le développement de
nouveaux marchés (marché asiatique…) 5. LE
POTENTIEL DE PRODUCTION ET DE COMMERCIALISATION EN BAIE DE SEINE ET
NORD-COTENTIN EXISTE-T-IL? 5.1. Existe-t-il
un potentiel de pêche au bulot en Baie de Seine? 5.1.1 Les freins à l’exploitation Selon Eric Foucher (IFREMER Port en Bessin ), il est
difficile de dire avec certitude à combien se monte la ressource en bulot dans
la Baie de Seine. Même s’il existe des cartes de relevés de concentration de
bulot, faite lors des campagnes COMOR (campagne destinée a évaluer la
ressource en coquilles Saint-Jacques en Baie de Seine), elles montrent que les
bulots sont partout, notamment entre Port en Bessin et Grandcamp (figure
27).
L’engin utilisé pour la coquille Saint-Jacques n’est pas particulièrement
adapté à la pêche au buccin mais montre qu’ils peuvent être capturés avec
une drague de petit maillage (anneaux de 50mm de diamètre). On pêche des
buccins dans près de 80% des traits. Les individus capturés, sont de grandes
tailles (pouvant aller jusqu’a 10 cm) et marquent la présence d’une
population inexploitée en Baie de Seine. Le problème aujourd’hui, est que la
prise de bulot concerne que de gros individus qui se vendent beaucoup moins cher
sur le marché. La présence de gros bulots montre bien qu’on à
affaire à des stocks vierges (ils ont le temps de vieillir). Dans
le circuit du bulot décortiqué, très intéressant pour le marché asiatique,
les gros bulots blanc ont un rendement en chair très supérieur aux bulots
verts, grâce à la faible densité de leurs coquilles. Des pêcheurs de bulot en Baie de Seine, constatent
que leur production se vend à un prix plus faible. De plus, il apparaîtrait
que les bulots dans cette même zone, soient plus baveux et plus gras. Toujours
selon eux, il y a une forte présence d’étoiles
de mer sur le fond. Celles-ci, bouchent les casiers. Il y aurait vraisemblablement dans cette zone une
ressource suffisante pour une exploitation professionnelle modérée. Un autre problème qui est loin d’être négligeable,
est la cohabitation entre les pêcheurs. Il faut savoir que dans cette zone
naviguent plus de 200 bateaux tout
au long de l’année, essentiellement des arts trainants (drague à coquille
l’hiver, chalut l’été). Les arts trainants par définition, ratissent le
fond de la mer, ce qui limite énormément la pose de casiers (les casiers étant
emportés avec les dragues ou les filets). Si les bateaux réguliers sont en moyenne 200, il ne
faut pas oublier la saison de la coquille Saint-Jacques qui elle,
augmente considérablement le nombre de bateaux sur la Baie de Seine.
Comment pourrait-on limiter la saison de la coquille Saint-Jacques sachant que
ces l’une des pêches les plus rentables? La coquille Saint-Jacques se pêchant à la drague,
il semble difficile de mettre des casiers à bulot à la place. Les seuls bulotiers pêchant dans cette zone ne
peuvent travailler que sur une zone de 0.3 miles de large et 4 miles de long.
Les dragueurs ne pouvant pas pêcher dans cette zone ( trop près des côtes) . Les pêcheurs que j’ai interrogé ( de Granville,
de Blainville, de Gouville) ne sont pas du tout intéressés par une pêche en
Baie de Seine du fait de l’éloignement et des problèmes de cohabitation
entre les pêcheurs. Si les bulotiers en activité ne semblent pas vouloir
aller pêcher dans cette zone, il apparaît difficile de former de nouveaux pêcheurs
de bulots sachant que le nombre de licences est limité. Sur ce sujet, plusieurs
pêcheurs se sont plaints sur le fait que peu de jeunes aujourd’hui avaient la
possibilité de s’installer dans cette activité.
Figure
: Répartition spatiale et abondance des buccins en baie de Seine. COMOR 30 (26 juin – 7 juillet 2000 5.1.2. les solutions envisageables Pour limiter le risque d’un conflit il faudrait que
les organismes de professionnels aboutissent à des réglementations pour
faciliter la cohabitation entre chaluts et bulotiers. Cela reste néanmoins très
difficile à mettre en œuvre compte tenu des mentalités et du poids de la pêche
chalutière par rapport a de nombreux métiers normands. La présence d’étoile de mer diminuerait si des
ramassages réguliers étaient effectués mais tout ceci paraît difficile du
fait que ce ne soit pas une pêche rentable ( perte de temps, perte de gain). En ce qui concerne les gros bulots, même s’ils ne
sont pas commercialisables dans les circuits traditionnels français crus ou
cuits, ils peuvent servir au marché asiatique. Malheureusement, il n’existe
pas encore d’opérateur français sur ce marché il semble donc difficile
d’entrer en concurrence avec d’autres pays qui sont déjà présents sur le
marché asiatique. Les hollandais et les canadiens sont déjà très performant
dans ce marché du fait d’une matière première moins cher . 5.2. Existe-t-il
un potentiel de pêche au bulot dans le Nord Cotentin? 5.2.1. Les freins à l’exploitation Comme le montre la carte de sédimentation, le Nord
Cotentin est une zone rocheuse. Un sol rocheux est non seulement dangereux pour
la navigation des bateaux mais aussi pour la pose de casiers. De plus, comme
nous avons vu précédemment dans le chapitre biologie, le bulot préfère les
fonds sableux. La concentration en bulots devrait donc être faible (figure
28). Les bulotiers rencontrés ne se sentent pas concernés
par une pêche dans cette zone en raison de l’éloignement et de la dangerosité
de la zone. Par conséquent le Nord Cotentin reste une zone peu exploitée. Les organisations de professionnels hésitent aujourd’hui à délivrer des licences pour la pêche au bulot estimant qu’ils sont déjà assez nombreux et n’ayant aucune assurance que les bulotiers devant aller pêcher dans le Nord-Cotentin n’aillent pas mettre leurs casiers dans l’Ouest Cotentin. Enfin, il y a de fort courant dans cette zone ce qui peut entraîner une perte des casiers.
Figure 28 : Sédimentologie du Nord Cotentin
5.2.2. Les solutions envisageables Il faudrait que des études soient faites afin de connaître avec exactitude la concentration en bulots. Cette étude encouragerait peut-être certains bulotiers à se lancer dans cette zone de pêche.Les organisations professionnelles pourraient délivrer,
à titre exceptionnel, des licences permettant de travailler dans ces zones.
VI) LA
PROBLEMATIQUE DE L’ACCES A LA RESSOURCE. Comme on
a pu le voir, de nombreux facteurs influent sur l’accès à la ressource. La
limitation du nombre de licences (82) et par conséquent du nombre de pêcheurs
rend l’accès à la ressource difficile. La difficulté à trouver de
nouvelles zones de pêche permettant le renouvellement des zones actuellement
surexploitées, s’avère difficile. Les zones pouvant abriter des gisements de
buccins comme par exemple la Baie de Seine connaissent des problèmes de
cohabitation entre caseyeurs et arts trainants. De plus, même si la pêche au bulot semble rentable,
toute la difficulté réside dans le fait de s’installer dans cette activité
(coût d’installation élevé, spéculation sur les permis de mise en
exploitation). Néanmoins, la réglementation mise en place par les
professionnels est vitale quant à la pérennité de cette activité, surtout si
l’on repense à la crise du bulot en fin d’année 2001. Les pêcheurs
semblent être en accord avec ces restrictions comme la limitation des apports
journaliers, la restriction des sorties (jours fériés), la taille minimale de
capture... Tout ceci montre bien la nécessité d’une gestion rigoureuse de la ressource en ce qui concerne son accès et sa réglementation. VII) LA PROBLEMATIQUE DE LA COMMERCIALISATION. Face à l'augmentation de
la consommation du bulot, notamment cuit, il semblerait que cette pêche ait de
l'avenir. Certains professionnels (mareyeurs et transformateurs) achètent une
partie de leur produit à l'étranger ce qui prouve que la production française
peut encore être augmentée. Aujourd'hui, ils veulent une régularité des
approvisionnements, une garantie qualité et un prix qui ne soit pas trop élevé. Malgré tout, ce secteur
d'activité reste fragile et trop dépendant de ses clients. La crise du bulot
en fin d'année est une bonne illustration de cette fragilité. L'extension à de nouveaux
marchés comme par exemple le marché Asiatique permettrait de solidifier cette
production voir de l'augmenter. Développer la vente de
bulot dans d'autres halle à marée que celle de Granville semble assez
difficile si l'on écoute certains bulotiers qui disent : « si le bulot ne se
vend pas à Granville, il ne se vendra nul part ». Ils ne veulent pas changer
de criée car Granville leur apporte une sécurité de paiement, un règlement
plus rapide, un prix intéressant et un certain confort. Ce sont les réponses
qui ont été citées le plus souvent. La criée de Granville apparaît donc
comme la référence pour la vente de bulot. Certains bulotiers ont
aussi fait référence au fait que beaucoup de client acheté sur Granville. Les
bulots sont vendus dans des grêles en plastique orange faisant 30kg chaque. La démarche qualité
entreprise par NFM ne pourra qu'aider à une meilleur commercialisation et à
une augmentation de la consommation. Aujourd'hui, le consommateur ne sait pas ce
qu'il a dans son assiette : bulot français ou bulot anglais ? La réglementation
n'exige pas que la ville d'origine soit inscrite sur l'emballage mais juste la
zone de pêche c'est à dire l'Atlantique Nord ( que le bulot soit pêché dans
l'Ouest Cotentin ou en Angleterre). C'est pour cela que
certains transformateurs achètent à l'étranger sans avoir peur du manque de
confiance des consommateurs. CONCLUSION
Ce travail m'a fait réaliser
toute la complexité d'une pêche que ce soit en amont ou en aval. De nombreux
paramètres sont à prendre en compte comme les mentalités, la réglementation,
la ressource mais aussi le marché. Développer une pêcherie
du buccin dans le Nord Cotentin ou en Baie de Seine paraît au jour
d'aujourd'hui impossible en raison de nombreux facteurs tels que la limitation
des licences, la cohabitation entre les pêcheurs, la sédimentologie .... De plus, cette étude a été
réalisée en période de crise du buccin, ce qui a entraîné la méfiance de
certains représentants de la filière refusant toute rencontre et tout
dialogue. Même si le marché du
bulot se porte bien, il reste néanmoins fragile en raison des possibles
importations, de l'augmentation constante du prix et des irrégularités
d'approvisionnement. La démarche qualité est
un grand pas en avant pour valoriser ce produit et par conséquent développer
une meilleure reconnaissance et de nouveaux marchés.
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Dernière modification :2 Juin 2008 |