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Une pêche surprenante : un requin grande gueule à bord du thonier océanique le BOUGAINVILLE, Commandant GUYADER Bernard au large de DAKAR le 4 Mai 1995.
Je cite
ici l’article de Monsieur SERET Bernard,
Antenne ORSTOM. Laboratoire d’Ichtyologie,
MNHN, 43 rue Cuvier 75 231 Paris Cedex
05 France. ( accepté pour publication le 15.12.1995.) Premiére capture d’un requin grande
gueule ( chondrichthyes, mégachasmidae ) dans l’Atlantique, au large du Sénégal. Le premier
requin grande gueule (Megachasma pelagios) capturé au large des Iles
Hawai le 15 novembre 1976, fut décrit par Taylor (1983). c'était un mâle de
4.46 m Lt et pesant 750 kg, il est déposé au Bernice P. Bishop Museum
(Honolulu. Hawai). Le second
spécimen fut pris vivant le 29 novembre 1984 au large de Santa Catalina Island
(Californie); c'était un mâle de 4.50 m Lt et pesant environ 705 kg; il est
exposé au Los Angles Natural History Museum (Lavenberg and Seigel. 1985). La
carcasse d'un troisième spécimen s'échoua le 18 août 1988 sur une
plage près de l'embouchure de la rivière Mandurah à 50 km au Sud de Perth
(Australie occidentale): c'était
un mâle de 5,15 m Lt et pesant environ 690 kg, il est conservé au Western
Autralian Museum à Perth (Berra and Hutchins, 1990, 1991 . Hutchîns. 1992). Le quatrième
spécimen, mort également. s'échoua sur une plage d'Hamamatsu (Japon) le 23
janvier 1989 (Nakaya, 1989), il fut photographié, mais malheureusement il a été
repris par la mer avant qu'il n'ait pu être récupéré. c'était un mâle
adulte d'environ 4 m de long. Le cinquième
spécimen fut pris vivant dans la Baie de Suruga (Japon) le 12 juin 1989 par des
pêcheurs qui le relâchèrent, croyant avoir capturé un requin pélerin. Des
photographies permirent de montrer qu'il s'agissait d'un requin grande gueule
d'environ 4,90 ni de long (estimation), niais pas de déterminer le sexe (Miya ,
1992). Le
sixième spécimen fut pris vivant dans un filet maillant le 21 octobre
1990 au large de Dana Point, près de Los Angeles (Californie), à 50 km de
l'endroit où fut capturé le 2ème spécimen 6 ans plus tôt; c'était un mâle
d'environ 4.5 m de long (Lavenberg,1991). Le septième spécimen fut pris le 29 novembre 1994 dans la baie de Hakata (Préfecture de Fukuoka. Japon). C'était la première femelle observée; elle mesurait 4.71 m Lt et pesait 790 kg. Ce spécimen fut congelé en vue d'une étude anatomique qui fut effectuée en février 1995 (Clark and Castro. 1995); il est maintenant exposé au Uminonakamichi Marine Ecological Science Museum (Takada. 1994). Un volume spécial sur l'anatomie de cette femelle sera également édité (José Castro, com. pers.).
Le 8ème spécimen fut capturé le 4 mai 1995 dans la seine tournante d'un thonier français. "Le Bougainville", à 40 milles au large de Dakar (Sénégal), par 15°08' de latitude Nord et 18°22' de longitude Ouest. Le
capitaine Bernard Guyader et son équipage furent surpris de trouver un
étrange requin au milieu des 130 tonnes de bonites à ventre rayé (Katsuiwonus
pelamis) et de quelques raies mantas prises dans leur filet. La longeur
estimée du requin est d'environ 1,80 m Lt. La
description donnée par le capitaine correspond parfaitement aux caractéristiques
du requin grande gueule: corps mou. tête globuleuse, grosses lèvres gélatineuses.
"pas de dents. mais des bandes rugueuses comme de la toile émeri".
longues nageoires pectorales. corps gris foncé. Lors
de la capture, la température de l'eau était de 22,5°C la mer était agitée,
le ciel couvert, il y avait 15 à 20 noeuds de vent. mais très peu de courant
de surface (environ 0,4 noeud). Il
n'y avait pas d'objet flottant dans la zone de pèche. et à l'exception de
quelques trainées planctoniques en surface, il n'y avait pas de couche
diffusante profonde (DSL) décelable au sondeur. La profondeur de pêche déterminée
par la hauteur de la senne était d'environ 100 m. Le
spécimen fut gardé congelé à bord du bateau pour être débarqué le 6 juin
à Abidjan (Côte d'ivoire) avec la cargaison de bonites et de thons. Il est évident que cette capture repose sur le témoignage principal du capitaine. cependant il s'agit d'un témoignage crédible car son bateau participe au programme d'étude sur les espèces accessoires de la pêche thonière et, dans ce cadre, il embarque régulièrement des observateurs biologistes formés à la reconnaissance de ces espèces accessoires. Le
carnet de bord des observateurs comprend des fiches de reconnaissance de ces espèces
accessoires et des espèces susceptibles d'être capturées. dont le requin
grande gueule. Bien
que existence d'une seconde espèce de requin grande gueule soit possible, la
différence de coloration au niveau de l'apex des nageoires pectorales notée
sur le spécimen atlantique est interprétée comme une variation intra-spécifique. Cette
capture représente le premier signalement d'un requin grande gueule en
Atlantique. jusqu'à présent l'espèce n'était apparue que dans la zone
Indo-Pacifique: Hawaii. Californie. Japon. Australie Occidentale (Fig. 1). Il
s'agissait aussi du plus petit spécimen observé à ce jour: les sept autres spécimens
mesuraient entre 4.00 m et 5.15 m de long. Chaque capture ou observation relative à cet étrange requin mérite d'être rapportée, non seulement du fait de sa rareté (8 spécimens observés en deux décennies. entre 1976 et 1995). mais aussi parce qu'il est encore à bien des égards une énigme pour les biologistes. Si
son anatomie commence à être bien connue. son mode de vie est largement ignoré.
De même. ses relations phylogénétiques avec les autres groupes de requins est
l'objet d'opinions contrastées (Maisey. 1985. Compagno, 1990). Le requin grande gueule est à I'évidence un animal rare, mais l'espèce étant cosmopolite. il est raisonnable de penser que certains spécimens sont passés inaperçus: non remarqués par les pêcheurs ou bien pris pour un autre requin (cf. le 5ème pris au Japon). Cet
animal qui se maintient habituellement en profondeur (le ler spécimen à été
pris à 165 m. le 6ème suivi jusqu'à 170 m de profondeur). doit monter en
surface pour se nourrir des organismes planctoniques plus abondants dans les
couches superficielles de l'océan. La présence (hypothétique) d'organismes symbiotiques bioluminescents dans les lèvres charnues du requin grande gueule est interprétée par Diamond (1985) comme un leurre utilisé par le requin pour attirer ses proies: stratégie alimentaire résultant de sa morphologie particulière qui en fait un mauvais nageur. et de son habitat profond pauvre en plancton. A
l'inverse. les deux autres requins planctonophages. le requin pélerin et le
requin baleine. sont de bon nageurs qui filtrent activement de grand., volumes
d'eau superficielle riche en plancton. Si
les deux spécimens californiens ont été capturés la nuit ( Lavenberg com
pers.). les autres ont été pris le jour le déterminisme des migrations
verticales est une des nombreuses questions à résoudre concernant la biologie
du requin grande gueule. Addenda : Alors que la présente note était soumise pour publication, Alberto de Amorin signalait. le 17 octobre 1995. sur le réseau Internet la capture. le 18 septembre 1995. d'un jeune requin grande gueule mâle de 190 cm de long. par un palangrier. au large de Santa Catarina. près de Rio Grande (Brésil). Il présenta, avec ses collègues de l'institut des Pèches de Santos. une communication sur ce 9ème requin grande gueule (Amorin 1995) à la 7 éme réunion du groupe de travail sur les pêcheries de requins et de raies du Brésil (Rio Grande do Sul. 20‑24 novembre 1995). Le spécimen brésilien qui a pu être conservé. a été déposé à l'institut des Pèches de Santos. Cette capture au large du Brésil confirme la présence du requin grande gueule en Atlantique.
Remerciements : L'auteur remercie Mlle Nathalie Mérour. observateur des pêches de l'ORSTOM, qui lui a signalé cette capture exceptionnelle. Il félicite le Cdt Bernard Guyader du thonier senneur "Le Bougainville" et son équipage pour leur esprit naturaliste et leur collaboration. Pour en savoir plus sur cette espèce : Requin Grande Gueule |
Dernière modification :2 Juin 2008 |