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Récit du premier voyage à Terre-neuve d’un ouvrier fermier
Né d’une famille agricole modeste , j’ai fait toutes mes études jusqu’au certificat à l’école libre(catholique) du village . Reconnu
comme relativement doué , je suis arrivé dans la grande classe (du
certificat) à 12ans . Age ou les plus aisés partaient au collège ;
j’ai dû patienter et ronger mon frein bien
qu’ayant comme directeur d’école l’abbé PLYON homme de foi et de caractère
. Je suis devenu celui qui cassait le bois(les écoles étaient chauffées au bois) ,portait les différents plis à droite et à gauche , était partie prenante dans les offices religieux . Je me souviens des réflexions de l’abbé PLYON Quand nous récitions le notre père et que nous arrivions à Pardonne moi mon père comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés . Il me disait toujours qu’est que tu en penses . Je me pose toujours la question. Si de temps en temps je me sentais corvéable , j’ai aussi bénéficié de cours particuliers qui m’ont été fort utiles par la suite . J’ai donc passé mon certificat d’études sans difficulté . J’ai vite compris qu’il fallait que je travaille . Rapidement j’ai travaillé dans une entreprise ou l’on fabriquait des emballages mais j’ai rapidement opté pour une ferme dans laquelle je suis resté 13 mois .(je perçois d’ailleurs une retraite de la mutualité agricole). J’ai vite compris que le salaire ne suffisait pas et j’ai commencé les démarches pour partir à Terre-neuve (chose courante à l’époque pour les jeunes) . Connaissant un oncle ancien terre-neuvas (il a fini sa carrière sur le RENE GUILLON dernier voilier terre neuva de Saint Malo . il me dit d’aller voir le syndic de Saint Suliac (petit village au bord de rance qui armait des bateaux à la pêche aux lançons , village ou a été tourné une partie du film (entre terre et mer ) Le syndic était le représentant du quartier des affaires maritimes de Saint Malo .il était celui qui entretenait des liens particuliers avec le monde maritime . Ce Monsieur fort aimable me fit embarquer fictivement sur un petit bateau de pêche (La Jacqueline) pendant quelques mois et me fit avoir mon livret maritime (fascicule à l’époque ) . J’appris plus tard que la méthode n’était pas très légale mais j’avais mon livret maritime qui me permettait d’embarquer c’était le principal à mes yeux .Pour récompense je me souviens lui avoir porter un de nos plus beaux poulets élevés à la ferme. Mon fascicule en poche , il me fallait trouver un embarquement . Un voisin qui naviguait en qualité de chef ramendeur sur le JUTLAND (chalutier classique de BORDEAUX ) dont le capitaine était EMMANUEL GIRARD qui fut ruban bleu (celui qui ramenait le plus gros tonnage dans l’année) il me dit d’aller voir son capitaine on ne sait jamais Dès le lendemain matin de bonne heure , je frappais à la porte de du capitaine GIRARD . Sa réponse fût : « je n’ai plus de place mais va voir EMMANUEL DELAROSE à CANCALE il était second avec moi cette année ,il prend le commandement du GROENLAND et je crois qu’il lui reste des places > A l’heure du déjeuner , je
frappais à la porte du capitaine
DELAROSE à CANCALE . Présentant mon fascicule, sa remarque fût " comment se débrouille ce syndic pour que ces jeunes obtiennent un fascicule ?" il ne savait qu’il suffisait d’un poulet de ferme . .Je fus donc embauché comme mousse à 0 part 75( la part était ce qui déterminait le salaire) . Inutile de préciser que toutes ces démarches furent faites à vélo ce qui représentait plus de 60 kilomètres . C’est donc un contrat d’engagement en poche que je rentrais à la maison . Je ne sus jamais qui était le plus content le mousse ou les parents . Il
me restait à passer la visite médicale chose que je fis rapidement et fut
reconnu apte tout aussi rapidement. C’est donc le 5mars 1955 que
j’embarquais pour la première fois c’était
aussi la première fois que je mettais les pieds sur un bateau ( mise à part la visite du RENE
GUILLON faite avec mon oncle lors d’un débarquement de
ses provisions que nous avions été chercher de MINIAC à Saint Malo
distant de 18 kilomètres en voiture à cheval. Le GROENLAND étant un chalutier d’avant guerre ,propulsé par un moteur de 700 chevaux (la moyenne des puissances étaient de 1000 chevaux) était complètement dépassé techniquement . J’allais m’en apercevoir rapidement . Les chalutiers partaient tous le 15 février de chaque année , notre retard était uniquement dû aux travaux importants à effectuer à bord . Nous primes la mer le 5 mars ; Ces navires possédaient deux grands postes d’équipages à l’avant avec une vingtaine de couchettes chacun , chauffés avec un poêle à charbons au centre .En qualité de mousse inutile de préciser que nous avions la couchette qui restait pas toujours la mieux placée . Pour le mousse durant la traversée le travail consistait à aller chercher la gamelle à la cuisine (située à l’arrière) alimenter le poêle en charbons (réserve située à l’arrière ce qui rendait difficile le ravitaillement lorsqu’il fallait traverser le pont par gros temps) nettoyer le poste et remplir les aiguilles à ramender . Les ramendeurs montant les chaluts dans les cales ,avec les fortes odeurs des cales , les conditions étaient réunies pour le mal de mer . C’est dans ces conditions que je passais mon temps ,tantôt au travail ,tantôt à prendre l’air et même quelques fois allongé sur le panneau de cale avant . Dans cette dernière position , il nous arrivait d’avoir la visite du second capitaine qui se manifestait par un coup de pied au derrière . Comme je le
mentionnais plus haut , notre navire était dépassé techniquement et c’est
au bout de 18 jours de traversée que notre chalut fût mis à l’eau pour la
première fois au chenal du flétan (banc situé dans le sud de SAINT PIERRE
à environ 150milles . Ce fût aussi le premier contact avec le métier grandeur
nature. L’organisation des bordées , la gamelle à aller chercher ,le lavage, le nettoyage du poste, le poêle à charbons à alimenter et le lavage de morues dans des bailles (spécialités des mousses) . Si la promiscuité dans les postes n’était pas toujours évidente , il fallut y ajouter l’odeur de poissons grillés sur le poêle ce qu’i enfumait tout le monde et était sujet à des conversations orageuses . Les spécialistes pont ( ramendeurs, saleurs ,trancheurs ) avaient un poste réservé pour eux sur l’arrière du navire ( poste plus confortable et bénéficiant du chauffage central ) et qu’elle ne fût pas ma surprise d’être nommé comme mousse au service de ces spécialistes ce qui du même coup me rendait la vie plus facile et plus confortable . Je me souviens un jour nous avions fait des avaries pendant le quart du second capitaine celui ci était descendu nous aider à réparer . Comme mousse j’étais au remplissage des aiguilles , me trouvant loin du chef ramendeur et ne pouvant lui passer une aiguille de mains en mains celui ci me fait signe de lui la balancer chose dite chose faite mais l’aiguille tombe à l’eau d’ou la réflexion du second capitaine ( tu mériterais que je te l’apostille) (faire payer) Je m’en suis toujours souvenu et pour cause . Quelque temps après alors que nous étions en route libre mais en avant très lente , nous nous fîmes aborder par un chalutier portugais le FREDERICO EREDIA qui filait son chalut donc prioritaire bien qu’ayant peu de dommage , j’eus envie de faire la même réflexion qu’il m’avait faite pour mon aiguille tombée à la mer . Après quelque temps de pêche, lors d’un virage un bollard (rouleau ou passe les fûnes) fût arraché de son socle et nous obligea à faire escale à HALIFAX pour réparation . Après quelques jours passés à terre , les réparations terminées , nous reprîmes la mer, et en sortant du port nous fûmes pris dans la banquise , notre navire manquant de puissance c’est au bout de trois jours que l’on remis en pêche. Quelques temps après les premiers chalutiers rentraient en France avec une bonne pêche c’était loin d’être notre cas ,aussi nous n’avions pas d’autres solutions que de continuer la pêche sur les bancs de Terre-neuve ; ce que nous fîmes jusqu’à la date ou nous apprenons qu’une piaule de morue (grosse quantité) se pêchait au GROENLAND. Aussi la décision est prise de se rendre au GROENLAND . Nous atteignons notre but après 6 jours de route .Les nouvelles étant , il y a un mur de poisson sur le banc de FYLLAS ( 70degrés de latitude nord ). Les chalutiers traînent à peine 5 minutes et virent leurs chaluts pleins . phénomène qui durera plus d’un mois et permettra à plusieurs chalutiers de charger pour leur deuxième voyage de l’année Nous pouvions donc espérer avoir notre part de gâteau , la chance n’était pas avec nous puisque en virant notre chalut au premier trait le feu pris dans le moteur du treuil le rendant inutilisable . Devant cette pêche quasi miraculeuse , l’armateur prit une décision courageuse en nous envoyant un induit neuf à Saint jean de terre neuve . C’était sans compter sur la distance entre le GROENLAND et Terre neuve mais c’était la seule solution ou rentrer en France .6 jours nous fumes nécessaires pour atteindre le port . 6 autres jours pour la réparation (je me souviens pendant ce temps nous avons trouvés au bord d’une rivière une grosse quantité de cresson et nous n’avons pas manqués de verdure pendant longtemps ) on se console comme on peut . Il va sans dire que 6 autres nous furent nécessaire pour rejoindre FYLLAS et ce qui devait arriver arriva ; notre premier trait fut un trait complètement nul . Le mur de morue avait disparu pour tout le monde . La fin du voyage ne fut que regrets et découragements pour nous . Notre
voyage se termina par une livraison à FECAMP
et dans le même temps , nous apprenions que le bateau était vendu à un
armateur du même port pour l’année suivante . Inutile de dire que ce voyage
ne suffit pas pour payer le sac nécessaire à un mousse pour son premier
embarquement . La seule consolation étant une mise en route en douceur .
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Dernière modification :2 Juin 2008 |