MÉMOIRE
ET PATRIMOINE DES TERRE - NEUVAS
Saint - MALO
LE 13 / 14 / 15 Janvier 2006 a eu lieu à MINIAC MORVAN 15 Kms au Sud de Saint Malo une exposition
sur les Terre Neuvas, plus de 400 documents suivi de projections de film des
années 1930 et 1950 à 1955 films tournés par des professionnels. ( le
samedi est la principale journée)
Adhérents ou amis de l'ACPF venez participer à cette
exposition sur la mémoire des Terre Neuvas, en vous remerciant d'avance: Le
Secrétaire National de l'ACPF Pinson Yves.
Présentation de
l'association "Mémoire et Patrimoine des Terre - Neuvas" de Saint -
Malo
Vie
Administrative ( Le Bureau)
Président :
Lionel MARTIN – tél. : 02 99 56 73 65
32 rue du Commandant l’Hérminier –
35400 Saint-Malo
Vice-Président :
Guy DESJARDINS – tél. : 02 99 81 21 71
30 rue Jean XXIII – 35400 Saint-Malo
Trésorier : Hyacinthe
CHAPRON – tél. : 02 99 58 78 77
81 rue du Bord de Mer – 35114 Saint-Benoît-des-Ondes
Trésorier
adjoint : Pierre LE CALVEZ – tél. : 02 99 48 21 96
La Sabaille
– Le Petit Vau de mer – 35120 Le Mont-Dol
Secrétaire : François
MILON – tél. : 02 99 58 80 37
11 rue du Clos Bodou – 35430 Saint-Guinoux
E-mail :
f.milon@wanadoo.fr
Secrétaire
adjoint : Jean-Yves LERUDULIER – tél. : 02 99 80 27 42
1
La Bégossière
– 35610 Roz-sur-Couesnon
Relations
publiques – Célestin DELAPORTE – tél. : 02 99 81 79 15
47 rue Nominoë – 35400 Saint-Malo
Relations
culturelles : Alain Michel BLANC – tél. : 01 56 98 11 13
Conseillers actifs :
Madeleine DERVEAUX – Béatrice DELAUNAY – Ernest LAFFICHE
Nos membres d’Honneur
« Anciens dorissiers »
M. Francis CADIOU 35260 CANCALE
M. Jean-Baptiste HUET 35540 MINIAC-MORVAN
M. Francis J LEFEBVRE 22240
LA BOUILLIE
M. Aimé LEFEUVRE 35430 SAINT-SULIAC
M. Jules OHIER 22550 MATIGNON
M.
Joseph OUTIN 35540 MINIAC-MORVAN
M. Jean-Baptiste PELLE 35260 CANCALE
M. Georges PIERRE 22100 DINAN
M. Jean PORCHER 22400 PLANGUENOUAL
« Grands méritants »
M. Raymond LABBE 35400
SAINT MALO
M.
Jean LE BOT 35200
RENNES
Si vous connaissez des anciens dorissiers (nos derniers poilus en
quelque sorte) ou des personnes qui méritent figurer avec eux n’hésitez pas
à nous les signaler.
Activités
prévues en 2006
Poursuite de la collecte des récits, documents, photos,
films, … (tout ce qui a un rapport avec le métier de terre-neuvas). A ce
jour, nous avons inventorié 532 articles différents.
Exposition à Miniac-Morvan les 13, 14 et 15
janvier. Nous profitons de cette expo pour organiser notre AG.
Exposition à Saint-Coulomb les
10, 11 et 12 février.
D’autres expositions sont à l’étude, nous attendons des réponses
pour nous engager.
Nous serons présents à Bobital et à
la Richardais
pour la « Fête
des Doris en Rance ». Nous recrutons des volontaires pour
tirer sur les triques et éventuellement pour fournir des doris. Merci.
Nous tenons à remercier toutes les personnes qui nous
invitent et nous aident à réaliser nos expositions.
Remerciements
A Madame HAMON et à sa sœur dont les parents étaient des amis intimes
du père YVON. Grâce à leur gentillesse, nous pourrons exposer de nombreuses
lettres et photos inédites de notre célèbre aumônier. Ces documents nous
permettent de le rencontrer dans l’intimité. Merci à toutes les deux.
A Monsieur et Madame Félix LEPORT qui ont découvert un rôle d’équipage
de terre-neuvas datant de 1553 ! Vous pourrez le consulter lors de nos
expositions. Parmi les membres de l’équipage figure 18 hommes de
Plouer-sur-Rance.
A Monsieur et Madame Alain ROYER qui ont mis à notre disposition deux très
beaux poèmes de René CONVENANT auteur de « Galérien des Brumes »
et ancien dorissier.
A Monsieur Francis LEFEBVRE, membre d’honneur, pour le don qu’il a
fait et ses écrits qui seront publiés dans nos prochains bulletins.
A Messieurs Jean-François AUBERT et Gérard HERVOT pour les documents
fournis.
A Monsieur Michel JAMOIS de Saint-Benoît-des-Ondes pour le prêt de deux
tabliers venant du « Père Pierre ».
A Monsieur Jean RAQUIDEL pour ses cadres sur Saint-Pierre et Micquelon du
début du siècle dernier.
A tous les donateurs ou prêteurs de photos, documents ou
objet que nous n’avons pas encore cités.
Le Président
Lionel MARTIN
Humour
du Bord
Ce jour là, une lettre radio maritime (S.L.T.) arriva à la poste de
Miniac-Morvan. La postière, terrorisée par le texte, en fit part à la
gendarmerie/
Aussi interloqués que la postière, les gendarmes se
rendirent chez le destinataire pour lui demander des explications. Arrivés à
la ferme les gendarmes lurent le texte :
« Arriverai la semaine
prochaine – Tues-le » ?
C’est tout simple dit le père…Il nous avait dit avant d’embarquer
qu’il nous préviendrait pour tuer le cochon !
L.M.
P.S. Cette rubrique est ouverte à tous, n’hésitez pas.
Les
Expressions et Leur sens
D’où vient l’expression :
« Promener les parisiens » ?
De nombreuses personnes ont répondu. Notre membre d’honneur, Francis
LEFEBVRE, (ancien dorissier) résume bien le sens général des réponses
parvenues :
« Lorsqu’un dorissier, parti au petit matin pour
relever ses lignes en partant de la bouée au large située à environ deux à
trois milles du bord et qu’il ne la trouvait pas, revenait manger un morceau
et se repérer pour retourner chercher ses lignes. » Il s’était promené
pour rien comme un parisien.
« Bal
de Nuit » : Sur les chalutiers classiques le travail, sur
les lieux de pêche, était organisé et les hommes du pont répartis en 3 bordées.
Chaque bordée travaillait 12 heures et se reposait 6 heures : le quart de
couche (avec un repas au début et un autre à la fin, soit environ 4 heures de
sommeil). Il y avait en permanence 2 bordées sur le pont. Une bordée
travaillait de 6 à 18 heures, la suivante de midi à minuit et la dernière de
18 heures à 6 heures du matin. Ensuite, la première reprenait à minuit et
ainsi de suite, sans dimanche, et pour la durée de la pêche (soit 5 mois
environ).
Le travail de 18 à 6 heures du matin était baptisé : Bal de
nuit. C’était très pénible mais la « bistouille »
à trois heures du matin redonnait le moral.
Que signifie ce terme de « bistouille » ? Nous attendons vos versions. Au
prochain numéro nous vous donnerons la nôtre.
Après lecture, ne laisser pas dormir ce bulletin, faites-le lire autour
de vous. Si vous en avez le moyen ou l’occasion placez-le chez votre médecin,
votre dentiste, partout où l’on trompe l’attente en lisant.
Racontez-nous Votre Histoire
Premier voyage à Terre-Neuve en 1955 (Ernest LAFFICHE)
Né d’une famille agricole modeste, j’ai fait toutes mes études
jusqu’au certificat à l’école libre (catholique) du village. Reconnu comme
relativement doué, je suis arrivé dans la grande classe (du certificat) à 12
ans ; âge où les plus aisés partaient au collège. J’ai dû patienter
et ronger mon frein bien qu’ayant comme directeur d’école l’abbé PLYON :
homme de foi et de caractère. Je suis devenu celui qui cassait le bois (les écoles
étaient chauffées au bois), portait les différents plis à droite et à
gauche, était partie prenante dans les offices religieux.
Je me souviens des réflexions de l’abbé PLYON quant
nous récitions le notre père et que nous arrivions à « pardonnez-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ».
Il me disait toujours qu’est-ce que tu n penses ? Je me pose toujours la
question ! Si de temps en temps je me suis senti corvéable, j’ai aussi bénéficié
de cours particuliers qui m’ont été fort utiles par la suite. J’ai donc
passé mon certificat d’études sans difficulté. J’ai vite compris qu’il
fallait que je travaille. Tout de suite, j’ai travaillé dans une entreprise où
l’on fabriquait des emballages mais j’ai rapidement opté pour une ferme
dans laquelle je suis resté 13 mois. (je perçois d’ailleurs une retraite de
la mutualité agricole). Mais le salaire ne me satisfaisait pas aussi j’ai
commencé les démarches pour partir à Terre-Neuve (chose courante à l’époque
pour les jeunes).
Un oncle, ancien terre-neuvas qui a fini sa carrière sur le René
Guillon (dernier voilier terre-neuvas de Saint-Malo) me dit d’aller voir
le syndic de Saint-Suliac (petit village au bord de Rance qui armait des bateaux
à la pêche aux lançons et où a été tourné une partie du film « Entre
Terre et Mer »). Le syndic, représentant du quartier des Affaires
Maritimes de Saint-Malo, était celui qui facilitait et entretenait des liens
particuliers avec le monde maritime. Ce Monsieur, fort aimable, me fit embarquer
fictivement sur un petit bateau de pêche (
La Jacqueline
) pendant quelques temps et me fit avoir mon livret maritime (fascicule à l’époque).
J’appris plus tard que la méthode n’était pas très légale mais j’avais
mon fascicule ce qui me permettait d’embarquer ; c’était le principal
à mes yeux. Pour le remercier, je me souviens lui avoir porté un de nos plus
beaux poulets élevés à la ferme.
Mon fascicule en poche, il me fallait trouver un
embarquement. Un voisin, qui naviguait en qualité de chef ramendeur sur le Jutland
(chalutier classique de Bordeaux) commandé par Emmanuel GIRARD qui fut « ruban
bleu » (bateau qui ramène le plus gros tonnage dans l’année) me dit
d’aller voir son capitaine. On ne sait jamais ! Dès le lendemain matin,
de bonne heure, je frappais à la porte du capitaine GIRARD. Sa réponse fut :
« Je n’ai plus de place mais vas voir Emmanuel DELAROSE à Cancale. Il
était second avec moi cette année, il prend le commandement du Groënland et je crois qu’il reste des places ».
A l’heure du déjeuner, je frappais à la porte du capitaine DELAROSE.
Lui présentant mon fascicule sa remarque fut : « Comment il se débrouille
ce syndic pour que ces jeunes obtiennent un fascicule ! ». Il ne
savait pas qu’il suffisait d’un poulet de ferme. Je fus donc embauché comme
mousse à 0.75 part (la part était ce qui déterminait le salaire). Inutile de
préciser que toutes ces démarches furent faites à vélo ce qui représentait
plus de
60 kilomètres
. C’est donc contrat d’engagement en poche que je rentrais à la maison. Je
ne sus jamais qui, du mousse ou des parents, était le plus content. Il me
restait à passer la visite médicale chose que je fis rapidement et fut reconnu
apte tout aussi rapidement.
C’est donc le 5 mars 1955 que j’embarquais pour la
première fois. C’était aussi la première fois que je mettais les pieds sur
un bateau (mise à part la visite du René
Guillon faite avec mon oncle lors d’un débarquement de ses provisions que
nous avions été cherché de Miniac à Saint-Malo, distants de
18 kilomètres
, avec une voiture à cheval). Le Groënland
étant un chalutier d’avant guerre, propulsé par un moteur de 700 chevaux (la
moyenne des puissances était de 1 000 chevaux) était complètement dépassé
techniquement. J’allais m’en apercevoir rapidement. Les chalutiers partaient
tous le 15 février de chaque année. Notre retard était uniquement dû aux
travaux importants à effectuer à bord.
Ces navires possédaient deux grands postes d’équipage à l’avant
avec une vingtaine de couchettes chacun, chauffés avec un poêle à charbon au
centre. En qualité de mousse inutile de préciser que nous avions la couchette
qui restait et donc pas toujours la mieux placée. Pour le mousse, durant la
traversée, le travail consistait à aller chercher la gamelle à la cuisine,
alimenter le poêle à charbon (la cuisine et la réserve de charbon se
trouvaient à l’arrière ce qui rendait difficile le ravitaillement
lorsqu’il fallait traverser le pont par gros temps), nettoyer le poste et
remplir les aiguilles à ramender. Les ramendeurs montaient les chaluts dans les
cales ; avec les fortes odeurs de cales, les conditions étaient réunies
pour le mal de mer. C’est dans ces conditions que je passais mon temps :
tantôt au travail, tantôt à prendre l’air et même quelques fois allongé
sur le panneau de la cale avant. Dans cette position, il nous arrivait d’avoir
la visite du second qui se manifestait par un coup de pied au derrière.
Comme je le mentionnais plus haut, notre navire était dépassé
techniquement et c’est au bout de 18 jours de traversée que notre chalut fut
mis à l’eau pour la première fois au Chenal du Flétan (banc situé dans le
sud de Saint-Pierre à environ 150 milles. Ce fut aussi le premier contact avec
le métier grandeur nature. Une fois les bordées organisées le travail du
mousse se précisait : la gamelle à aller chercher et son lavage, le
nettoyage du poste, le poêle à charbon à alimenter et le lavage des morues
dans les bailles. Si la promiscuité dans les postes n’était pas toujours évidente,
il fallait y ajouter l’odeur des poissons grillés sur le poêle ce qui
enfumait tout le monde et était sujet à des conversations orageuses. Les spécialistes
pont (ramendeurs, saleurs, trancheurs) avaient un poste réservé pour eux sur
l’arrière du navire (poste plus confortable et bénéficiant du chauffage
central) et qu’elle ne fut pas ma surprise d’être nommé comme mousse au
service de ces spécialistes ce qui du coup me rendait la vie plus facile et
plus confortable.
Je me souviens d’un jour où nous avions fait des avaries pendant le
quart du second capitaine ; celui-ci était descendu nous aider à réparer.
Comme mousse j’étais au remplissage des aiguilles, me trouvant loin du chef
ramendeur et ne pouvant lui passer une aiguille de mains en mains celui-ci me
fit signe de la lui balancer, chose dite chose faite mais l’aiguille tomba à
l’eau d’où la réflexion du second capitaine « tu mériterais que je
te l’apostille » (faire payer). Je m’en suis toujours souvenu et pour
cause. Quelque temps après, alors que nous étions en route libre mais en avant
très lent, nous nous fîmes aborder par un chalutier portugais le Frédérico-Erédia
qui filait son chalut donc prioritaire. Bien qu’ayant peu de dommage, j’eus
envie de faire la même réflexion qu’il m’avait faite pour mon aiguille
tombée à la mer.
Après quelques temps de pêche, lors d’un virage, un bollard (rouleau où
passe les funes) fut arraché de son socle et nous obligea à faire escale à
Halifax pour réparation. Après quelques jours passés à terre, les réparations
terminées, nous reprîmes la mer, et en sortant du port nous fûmes pris dans
la banquise, notre navire manquant de puissance c’est au bout de trois jours
que nous remîmes en pêche.
Quelques temps après, les premiers chalutiers rentraient
en France avec une bonne pêche. C’était loin d’être notre cas aussi nous
n’avions d’autres solutions que de continuer la pêche sur les bancs de
Terre-Neuve. Ce que nous fîmes jusqu’au moment où nous apprîmes qu’une
piaule de morue (grosse quantité) se pêchait au GROËNLAND. Aussi la décision
fut prise de s’y rendre. Nous atteignîmes notre but après 6 jours de route.
Les nouvelles étant : il y a un mur de poisson sur le banc de Fyllas
(70 degrés de latitude nord
Les chalutiers traînaient à peine 5 minutes et viraient
leurs chaluts pleins. Ce phénomène durera plus d’un mois et permettra à
plusieurs chalutiers de charger pour leur deuxième voyage de l’année. Nous
pouvions donc espérer avoir notre part de gâteau. La chance n’était pas
avec nous puisqu’en virant notre chalut, au premier trait, le feu prit dans le
moteur du treuil le rendant inutilisable.
Devant cette pêche quasi miraculeuse, l’armateur prit
une décision courageuse en nous envoyant un induit neuf à Saint-Jean de
Terre-Neuve. C’était sans compter sur la distance entre le GROËNLAND et
Terre-Neuve mais c’était la seule solution ou rentrer en France. Six jours
nous furent nécessaires pour atteindre le port et six autres jours pour la réparation
(je me souviens que pendant ce temps nous avons trouvé au bord d’une rivière
une grosse quantité de cresson et nous n’avons pas manqué de verdure pendant
longtemps). On se console comme on peut ! Il va sans dire que six autres
jours nous furent nécessaires pour rejoindre Fyllas et ce qui devait arriver
arriva : notre premier trait fut un trait complètement nul. Le mur de
morue avait disparu pour tout le monde. La fin du voyage ne fut que regrets et découragement
pour tous.
Notre voyage se termina par une livraison à Fécamp et
dans le même temps, nous apprîmes que le bateau était vendu à un armateur du
même port pour l’année suivante. Inutile de dire que ce voyage ne suffit pas
pour payer le sac nécessaire à un mousse pour son premier embarquement. La
seule consolation étant une mise en route en douceur.
Ernest LAFFICHE
La Vie
des femmes de marins de
la Grande
Pêche
« Femmes de marins, femmes
de chagrins »
Ce dicton a souvent été employé pour désigner ces
femmes, filles ou épouses des marins de Grande Pêche, gardiennes du foyer. Dès
le milieu du XXème siècle il s’applique beaucoup moins :
rotations plus courtes, nouvelles plus fréquentes, etc…
Quelles sont ces femmes qui portaient tout le poids de ces absences, des
problèmes financiers et psychologiques et aussi des deuils ? Une courte étude
s’est faite sur
la Grande
Pêche
de 1930 à 1970, avec le hiatus de la guerre 40 / 45.
Nous avons trouvé et interrogé trois femmes de la région
de Cancale / Saint-Malo, âgées de plus de 80 ans. Elles avaient connu les
embarquements de leurs hommes sur les voiliers et les chalutiers.
Elles étaient filles de marin ou vivant dans le milieu. Elles avaient
connu, dès le plus jeune âge, la vie austère des familles maritimes :
l’absence du père avait précédé celle du mari et peut-être plus tard
celle du fils. L’une d’entre elle avait une grand’mère veuve à 27 ans
avec trois enfants, une autre était orpheline, à 10 ans, de père disparu avec
son doris.
Les mariages étaient célébrés en novembre / décembre ; au retour
des navires. C’était une grande fête qui pouvait durer 3 jours. Il fallait déjà
prévoir le départ avec l’achat ou le renouvellement du « sac »,
des provisions, …
La période d’embarquement à
la Grande
Pêche
, aux époques citées, était de mars à octobre. Avant la convention
collective des années 50, le marin embarquait avec une maigre « avance »
et l’espoir d’un bon « retour de pêche » basé sur la vente du
poisson et versé au prorata de sa part de pêche, quelque fois il pouvait être
réduit à néant…
La femme de marin devait donc travailler pour vivre et faire vivre ses
enfants. Jeune mariée, elle retournait parfois chez sa mère. Il fallait
qu’elle trouve une « place » soit dans l’hôtellerie, soit dans
l’ostréiculture aux marées ou au « détroctage » des huîtres
soit dans une entreprise de « cirages » (cirés des marins) où
elles cousaient et enduisaient d’huile de lin les vêtements de protection.
Quelques unes étaient lavandières ou couturières à domicile…Petits métiers,
petits gains…
D’autres charges les accablaient. Les communions et les fêtes
familiales se faisaient sans le père, les maladies et les décès aussi. Dur était,
au retour, d’annoncer la mort d’une mère, d’un père ou même celle
d’un enfant…
Economes, elles gouvernaient le ménage s’occupant de l’éducation et
surtout de l’instruction des enfants. Leur grand désir était que leurs gars
puissent s’élever dans la profession : patron de pêche ou même
« captain »…
Avec la convention collective de
la Grande
Pêche
dans les années 50 et l’arrivée des chalutiers, leur condition de vie
devint moins pénible. Le versement d’un salaire minimum mensuel restait
acquis, même si le retour de pêche n’était pas probant. Les rotations
devenaient plus courtes. La situation s’était améliorée pour les femmes
mais elles ne pouvaient vivre avec ce petit salaire et il fallait continuer à
travailler.
Vint alors la possibilité de pouvoir un peu épargner et
de pouvoir s’installer mieux sur le plan du logement voir même le début de
l’accession à la propriété avec prêt.
Au temps des voiliers et au début de l’après guerre 40 / 45, les
naissances s’étiraient de juin à septembre. Le bébé était là au retour
du père et la mère prête à reprendre une nouvelle grossesse. Après le départ
des terre-neuvas les femmes s’interrogeaient : « As-tu sauvé ton
année ? » ; phrase lourde d’un poids sociologique…
Et puis voilà le retour des bancs. Ce sont les « provisions » :
jautreaux (joues) et langues de morue ainsi que flétans, à distribuer à la
parenté ou aux amis et à vendre. Il y a encore le « coffre » à
vider. Les 3 ou 4 rechanges emportés ne sont guère lavés pendant la campagne
et il faut frotter et encore frotter pour les décrasser… Suit le
raccommodage, il faut voir ces « caneçons » (caleçons à manches
longues) ravaudés avec amour et véritable travail de dentellière (un a été
remis au Musée A.T.P. de Cancale par une de mes interviewées).
Après la joie des retrouvailles, gain ou pas, le marin
reprenait le travail (souvent trouvé par la femme) à la petite pêche, les huîtres
ou la culture. Une de mes correspondantes avait son mari qui partait avec une
presse à cidre. Quelques couples étaient employés au gardiennage de navire à
Saint-Malo et le couple s’installait à bord.
Les retours n’étaient pas tous heureux, au temps des voiliers surtout,
le bateau arrivant arborait son pavillon en berne : marin mort à bord ou
perdu en mer… La femme se retrouvait seule, avec souvent 3 ou 4 enfants, voir
plus, à charge. Avec les chalutiers, les « péris en mer » furent
plus rares. Les décès étaient plus souvent dus à des accidents de bord ou la
maladie mais annoncés plus rapidement par radio à l’armement. La liste était
longue cependant ; voyez, par exemple, à l’Eglise de Cancale cette
nomenclature de 450 marins disparus depuis 1881…
Tout doucement le marin arrivait à ses 55 ans et à la retraite mais très
souvent il continuait à travailler ou armait un petit bateau pour pêcher en
baie. La femme continuait ou pas ses occupations mais elle restait, en général,
« maître à bord »…
Madeleine DERVEAUX
PS : L’étude menée concernait surtout les matelots embarqués à
la Grande
Pêche.
Mémoire de Terre-Neuvas remercie Madeleine DERVEAUX pour son témoignage
et avec elle toutes les assistantes sociales maritimes qui ont été très
proches de nos familles. Il leur a fallu beaucoup de psychologie et parfois de
courage pour soutenir nos femmes et nos enfants dans les moments difficiles.
Souvenons-nous seulement du triste équipage : Maire, Administrateur et
Assistante Sociale, qui venait annoncer la mauvaise nouvelle.
Merci à toutes.
« Sans vous commander les gars ! » Profitons de cet
article pour remercier, une nouvelle fois, nos femmes qui ont si bien su
s’occuper de nos familles et nous bichonner pendant nos trop courts séjours
à terre.
(Ce gentil conseil utilisé astucieusement par les « bounes femmes »
de Cancale, se traduit par un ordre à bien faire très diplomatique et sans
rouspétance.)
Le bureau
TEMOIGNAGE
Merci, François GEORGELIN
Pourquoi ? Parce qu’en
1927 mon père qui commandait le « PERE PIERRE » de l’armement
DAGORNE a contracté une congestion pulmonaire doublée d’une
broncho-pneumonie juste au moment de débanquer et que sans les soins prodigués
par son second, François GEORGELIN, il n’aurait probablement pas revu la
terre Cancalaise.
D’une forte constitution, il traînait avec lui les séquelles d’une
grippe espagnole qui l’avait touché, comme des milliers de français à cette
époque en 1918, alors qu’il se trouvait, pour livrer sa morue, au port de
la Rochelle
avec le « GAGNE PETIT » (Dagorne).
Dans les derniers jours de la campagne de 1927, le « PERE PIERRE »
se trouvait dans la piaule (concentration énorme de morue), les équipages
amenaient des pleines dorissées, à bord il y avait du travail pour tout le
monde. Mon père se mit donc à trancher. Ce fut le départ de sa maladie. Il se
coucha avec une très forte fièvre. La cale pleine à barroter, il débanqua
pour arriver à Saint-Malo à la mi-août.
Pendant toute la traversée retour, François GEORGELIN fit office de
Capitaine et de docteur. Il avait dans son coffre du banc de la farine de
moutarde vétérinaire qui lui servait pour soigner son cheval dans sa ferme de
l’Ecluse au Minihic sur Rance.
Je ne saurais dire s’il utilisait le « Médecin de Papier »,
mais je sais que dans la famille il était dit que les soins étaient les
suivants : ventouses scarifiées suivies de cataplasmes de moutarde. Le résultat
était là puisque le patient ne sortit de sa couchette que pour atterrir aux
approches d’Ouessant et qu’il se recoucha jusqu’au pilote de Saint Malo.
La première personne qu’il vit en arrivant à la maison fut ma soeur et
il se mit à pleurer ; ses larmes ne s’arrêtèrent pas quand il tomba
dans les bras de ma mère. Celle-ci lui dit aussitôt « Jean, tu ne
retourneras pas au banc ».
Il n’y retourna pas. Dans les semaines qui suivirent, après avoir
envisagé plusieurs solutions pour reprendre une autre activité et sur les
conseils des membres de la famille il décida d’armer un bateau pour
Terre-Neuve.
Ayant recruté des actionnaires dans la famille et hors de la famille, il
décida d’acheter le « SAINT CHARLES » vendu par l’armement Elie
CHEVALIER.
C’était pour lui un travail à sa convenance.
Le « SAINT CHARLES » fut armé jusqu’à la campagne de 1937.
Avant le départ de cette campagne, le pont couvert de sel après le
passage d’un cargo venu livrer le sel pour la campagne, mon père glissa sur
le pont et sa poitrine vint heurter durement la lisse, cette glissade devait lui
être fatale.
Sans penser à ce qui allait lui arriver et compte tenu de la mévente de
la morue depuis quelques année il avait décidé avec l’accord des
actionnaires de vendre le bateau.
Pendant l’été 1937, il maigrissait sans raison apparente. Il fut
consulter un médecin de Rennes dont le diagnostic laissait penser à quelque
chose de grave.
Le « SAINT CHARLES » fut vendu au printemps 1938 à un
armateur danois. L’acte de vente fut signé quelques jours avant la mort de
mon père.
Sa chute sur le pont avait causé une tumeur qui devait l’emporter le 4
juin 1938, il allait avoir 50 ans le 24 juin.
Avec plusieurs anciens marins, François GEORGELIN assistait aux obsèques
de mon père, il était venu en vélo depuis le Minihic sur Rance.
Ce jour là, j’ai vu François GEORGELIN pleurer.
Pourquoi ce merci ?
Parce que sans les soins prodigués à mon père sur le « PERE PIERRE »
nous aurions été privés de notre père 10 ans plus tôt.
Jean RAQUIDEL
Chers amis, l'A.C.P.F. héberge
les deux Associations des Terre - Neuvas ; St Malo et Fécamp dans son site, les
mises à jour périodiques seront faites par le Secrétaire Nationale de l'ACPF
Monsieur PINSON Yves.
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www.asso76.com/terreneuvas
ASSOCIATION DES TERRE - NEUVAS
FÉCAMP
Discours du Président de l’Association des Terre
– Neuvas : Monsieur PONTILLION Charles Capitaine de Pêche Commandant à
Terre – Neuve . à l’occasion de la fête des Terre – Neuvas le 3 Février
2002 à FECAMP
Mesdames
Mesdemoiselles Messieurs
Je sais que chaque année je me répète, mais je
dois vous avouer que j'ai une certaine satisfaction et un certain plaisir de
dire, et redire que la Cérémonie de la Saint Pierre d'antan est enfin retrouvée.
En effet,
c'est notre quatrième Messe Souvenir de la St Pierre, et vous êtes toujours
aussi nombreux à assister à cette cérémonie ( et le bureau de l'association
des Terre - neuvas vous en remercie).
Cette
assiduité démontre tout l'attachement que vous portez à cette Saint Pierre
des marins.
Il est vrai que cette Cérémonie nous rappelle,
des moments forts, que nous ne pouvons pas oublier.
L'année dernière, à cette même place, je disais
que les souvenirs n'étaient pas uniquement dans la tête mais étaient également
dans le cœur.
Et, suite à
ces paroles, j'ai donné toute une longue tirade de dates, relatives à la prospérité
de notre ville de Fécamp pendant l'ère Terre-Neuvienne.
Aujourd'hui
je voudrais si vous me le permettez, vous parlez des souvenirs du cœur, qui
malheureusement, pour chacun de nous, sont en général, des souvenirs très
douloureux.
Mais je ne
vais pas comme l'année dernière vous énumérer toute une liste de tragédies
plus ou moins dramatiques.
Qui pourtant serait évocatrice ?
Par contre,
je vais vous relater un événement qui me touche particulièrement
Le récit
que je vais faire n'est malheureusement pas unique, car toutes les familles de
Terre-Neuvas ont en mémoire un évènement peut-être pas identique, mais
analogue à celui-ci.
Ce récit
commence à l'école du port, où j'avais un camarade, je dirais un très grand
copain
En 1944 nous avions 14 ans, c'était donc la fin de
nos études primaires. Les seules que nous ayons reçu.
Car à cette
époque, les études secondaires et supérieures n'étaient pas inscrites à
notre éducation.
La raison en
était fort simple, nos parents n'avaient pas les moyens de nous laisser
poursuivre ces études, alors nous les ignorions assez facilement pour rentrer
le plus rapidement possible dans le monde du travail
Mais, il
nous a fallu attendre la fin de la guerre, pour voir le retour des chalutiers de
Grande pêche à Fécamp, et pouvoir enfin, envisager un début de carrière à
Terre-Neuve.
C'est donc en 1945 / 1946 qu'a eu lieu notre
premier embarquement
Après
quelques campagnes de pêche nous avons très vite atteint nos 18 ans, et là
tous les 2 nous avons mis le sac à terre afin d'obtenir le certificat de
capacité, et le brevet de Patron de pêche.
Ensuite,
avec nos brevets en poche nous nous sommes embarqués pour la première fois sur
le même chalutier en qualité de lieutenant, « avec dérogation bien sur »
Cette campagne de pêche terminée, nous devions
remplir nos obligations militaires.
Donc, dans
les premiers jours du mois de janvier 1950 nous avons mis le cap sur Pont Réan
afin de rejoindre le centre d'incorporation, et de formation.
Je vais
ouvrir une parenthèse sur Pont Réan, car beaucoup d'entre-nous se sont posés
cette question.
Pourquoi Pont-Réan ?
En effet
Pont -Réan n'est pas un port maritime, Pont -Réan est un hameau situé sur les
bords de la Vilaine à environ une dizaine de kilomètres de Rennes, mais
surtout à 70 kilomètres de la côte la plus proche.
C'est un
paradoxe car le métier de marin se pratique bel et bien sur mer comme son nom
l'indique, et non sur terre.
Alors
pourquoi le choix de ce site ? Je pense qu'il est relatif à la situation de l'époque
dans laquelle nous nous trouvions.
En effet,
nous étions dans une période d'après guerre. Brest était presque totalement
détruit, et il fallait trouver très vite un lieu pour recevoir des milliers de
jeunes gens afin de reformer notre futur armée.
Dans toute
la région, et surtout dans l'immédiat, seul le château de la Massaye de Pont
-Réan offrait un tel accueil.
Cette propriété
de la Massaye avait été précédemment occupée par les troupes allemandes,
ensuite par les troupes américaine et anglaise, lesquelles avaient laissé des
baraquements en parfait état.
Ce lieu était
donc tout désigné pour recevoir de nombreux de jeunes gens, même, si tous les
critères de formation ne pouvaient pas être réunis.
Mais il faut
comprendre que pour deux jeune Terre-Neuvas qui viennent d'affronter depuis
quelques années l'atlantique Nord avec des vents pouvant parfois, atteindre
force 12 sur l'échelle de beaufort, et se retrouver sur une rivière afin de réapprendre
le métier de marin, Il y avait de quoi se poser quelques questions !
D’ailleurs
ce centre de formation a été dissout en 1958 au grand désespoir des Pont-Réanais
Je ferme cette parenthèse sur Pont-Réan et je
reprends mon récit.
Nous avons
donc passé 2 mois dans ce centre de formation, et lorsque notre stage a été
terminé nous avons été dirigés vers l'arsenal de Cherbourg.
Et là, nous
avons été embarqués sur le même bâtiment, le contre-torpilleur « Marceau
» en qualité de B.P gabier.
Coïncidence
ou pas, mais lorsque tous les postes ont été distribués aux nouveaux embarqués
nous nous sommes retrouvés dans le même tiers.
Nous avions
donc les mêmes jours de service, et par voie de conséquence les mêmes jours
de repos
Ce qui nous permettait de descendre à terre afin
de nous divertir lorsque nous avions quelques thunes en poche, chose assez rare
pour un appelé croyez-moi.
Le service
militaire terminé. Nous avons repris la navigation à Terre-Neuve.
Lui sur un chalutier et moi sur un autre.
Mais quelques mois après notre retour au grand métier
. Le 0 1 août 195 1. La mer, oh! Pas celle de Charles Trenet « que l'on voit
danser le long des golfes clairs » non, mais la notre, dure, impitoyable,
perfide, nous l'enlevais à tout jamais.
Il était né le 03 novembre 1929, il n'avait pas
atteint ses 22 ans.
Il était destine, un très grand avenir, car il était
déjà second Capitaine.
Ce garçon s'appelait André Recher
Aujourd'hui
je lui dédie cette quatrième Cérémonie de la Saint Pierre.
Ce triste côté
de la vie de Terre-Neuvas explique notre geste de recueillement devant le
monument des marins défunts qui se situe dans la cours du Musée centre des
Arts.
Et demain
lundi comme chaque année nous nous retrouverons à la chapelle de Notre Dame du
Salut à 10 heures 30 pour une messe qui sera célébré par l'Abbé Jacques
Durand Curé de la paroisse, pour tous les Marins défunts.
Je voudrais, avant de conclure, exprimer toute ma
gratitude aux personnes qui nous ont aidé à construire cette cérémonie, et
je rends un hommage particulier aux Membres du bureau de l’Association. des
Terre-Neuvas pour leur entier dévouement
Je vous remercie de votre patience, de votre
indulgence pour m'avoir laissé, m'épancher.
Merci à vous, tous.
Le Président
C.PONTILLION

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