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Trente ans d'évolution
des techniques de pêche Document de : Jean-Paul George ( Vice-Président
de l’A.C.P.F.) Ce produit du site à pour but
principal uniquement de donner l’information disponible à toute la
profession ; d’Officiers à la pêche et des étudiants dans le domaine
des pêches maritimes.
1.
Introduction Au cours de la période allant de 1965 à 1995
la pêche bretonne a considérablement évolué, chaque décennie connaissant
des évolutions propres : 1965
- 1975 : mutation des ports et des moyens techniques, confirmation du
chalutage par l'arrière (premier navire lancé à Lorient en 1961) ainsi que de
la pêche thonière tropicale à la senne ; 1975
- 1985 : années d'euphorie avec des rendements et des prix élevés,
déploiement de la flottille thonière vers l'Océan Indien ; 1985
- 1995 : confrontation avec la baisse des ressources, mise en place
des quotas et des Programmes d'Orientation Pluriannuels (P.O.P.), baisse
des prix et augmentation des importations, disparition presque totale de la
grande pêche chalutière, mise en exploitation
des espèces de grands fonds. A l'heure actuelle la pêche française se situe au 22ème
rang mondial, alors que dans les années 60 elle occupait la 15ème place
avec 550 000 tonnes. Sa production qui ne représente que 10% à
l'échelon de l'Union européenne, place la France derrière l'Espagne et
l'Italie, au même rang que le Royaume-Uni. La
consommation de poisson per capita qui était de 12 kg/an est
maintenant passée à 25 kg/an. La technologie des pêches, contrairement à d'autres sciences halieutiques, fait participer un nombre important de disciplines se rapportant à différents thèmes comme il est décrit dans le schéma en annexe 1.
Durant ces 30 années, le transfert et la mise au point de techniques appropriées ont apporté des progrès considérables, pas toujours bien contrôlés, dans de nombreux domaines : construction navale et hydrodynamique, électronique et informatique, technologie du textile, ingénierie mécanique et électrique, hydroacoustique, transformation et commercialisation du poisson, hydrographie et météorologie. 2.
Navires de pêche La
taille du navire de pêche, son système de propulsion, sa stabilité à la mer,
l'aménagement du pont, ses équipements (pont et passerelle), la capacité de la
cale à poisson, etc. déterminent l'efficacité de la plate-forme de travail et
son mode d'utilisation. Au cours des trois décennies, l'architecture navale et l'hydrodynamique se sont bien développées. La coque en bois, majoritaire au début de la période, a été remplacée par l'acier, ce qui a permis de passer de la construction en forme à celle à bouchains vifs, tout en simplifiant l'assemblage des tôles. Les matériaux composites puis l'aluminium ont fait des
percées remarquables. Du chalutier classique on est passé au chalutier de pêche arrière quelle que soit sa taille (annexe 2), et du thonier-senneur expérimental au transocéanique super équipé (annexe 3).
Le
navire a donc été adapté aux particularités des pêcheries, à la nature et
à l'abondance des ressources exploitées, tout en tenant compte de l'éloignement
des lieux de pêche (système de bases avancées). 3.
Équipement de manœuvre L'arrivée de l'hydraulique haute pression sur les navires
de pêche a permis une évolution significative dans la conception des treuils,
des enrouleurs et des autres auxiliaires, notamment en ce qui concerne la
puissance, la capacité, les vitesses de manœuvre, fonctions qui étaient limitées
avec l'entraînement mécanique (et l'hydraulique basse pression). Au début
des années 70, l'enrouleur de filet fut l'équipement qui a le plus
marqué le travail sur le pont du chalutier: réduction de la dangerosité et de
la pénibilité des manœuvres à l'embarquement du filet, réduction de la main
d'œuvre nécessaire. Pour un chalutier de 30 mètres l'équipage est ainsi passé de 15 personnes en 1965 à 8 en 1995. La mécanisation des barques de pêche côtière a permis
d'utiliser du matériel de pêche plus conséquent, ce qui n'a pas été sans
conséquence sur les ressources en zone littorale. 4.
Engins de pêche L'évolution
du chalutage au cours de la période concernée traduit l'impact de plusieurs
influences s'appuyant sur les résultats de recherches et de travaux empiriques
menés principalement en Allemagne, France, Norvège et Union soviétique. La pêche thonière tropicale a subi, elle, une forte influence californienne. Ce domaine est sans doute le plus important et le plus
complexe à étudier. De tout temps, la mise au point des engins de pêche a généré,
pour un type donné, plusieurs versions adaptées à certaine spécificité, et
ce de manière plus ou moins simultanée dans différentes régions du monde. La mise en service, en France, des bassins d'essais de chalut à Boulogne sur Mer (1967) et à Lorient (1978) a grandement facilité l'étude et le développement d'engins tels que le chalut pélagique, le chalut de fond à grande ouverture verticale et les chaluts jumeaux en 1985 (annexes 4 à 7).
La senne à thon a également évolué en relation avec les principales caractéristiques des navires utilisateurs passant ainsi de 600 à 1800 m de longueur et de 90 à 250 m de chute.
Le développement des fibres synthétiques a engendré une augmentation des performances et de la durabilité des> matériaux utilisés pour les fils, filets et cordages. Pour la construction des chaluts on est passé du Nylon (polyamide), au polyéthylène, et plus récemment à des fibres offrant une résistance égale à diamètre moindre ("Dynema", par exemple). Pour
les sennes, les fils ont subi différents traitements et sont maintenant imperméabilisés. Dans la pêche côtière, l'arrivée du monofilament (début des années 70), puis du multimonofilament (début 86) a révolutionné les capacités pêchantes de ces engins. 5.
Sélectivité La sélectivité est la propriété, pour un engin de pêche,
de capturer une espèce plutôt qu'une autre sélectivité interspécifique ou
de retenir, pour une espèce déterminée, les individus au dessus d'une
certaine taille de sélectivité intraspécifique. Dans la sélectivité interspécifique, l'emploi dans la pêche
au thon germon des filets maillants dérivants (1986), puis du chalut pélagique
en bœufs (1987) a permis la capture de gros individus (donc plus âgés),
alors que la technique traditionnelle des lignes traînantes pêchait près de
la surface des individus immatures. Le
chalut de fond à grande ouverture verticale, ou tout gréement favorisant ce
paramètre, favorise la capture d'espèces autres que celles d'un filet à
ouverture moindre ; il en est de même pour le chalut pélagique qui permet de
positionner l'engin à la profondeur voulue. études de sélectivité des
maillages en raison de leurs caractéristiques et de leurs performance spécifiques. La diminution des ressources a conduit à la mise en place de réglementations ou de systèmes favorisant l'échappement des petits individus, contribuant ainsi à la protection de la ressource (annexe 10).
6.
Détection et comportement du poisson La détection du poisson a toujours été un élément essentiel de la pêche. Elle s'est faite et se pratique encore à vue (thon tropical) ou par interprétation de certains signes (oiseaux, épaves, etc.). Bien que ces méthodes soient encore valides, la
technologie a considérablement évolué et peut y suppléer, en particulier grâce
aux radars-oiseaux, aux radeaux équipés, à la télédétection spatiale, pour
les observations en surface. De la surface au fond, l'hydroacoustique a progressé,
passant du sondeur papier au sondeur vidéo (début 80) avec des performances
remarquables. Il en est de même pour le contrôle des engins de pêche par l'électronique.
Ces techniques jouent un rôle important dans l'identification et l'évaluation
des possibilités de pêche. Des facteurs physiques, comme la température de l'eau, la
profondeur de la thermocline, la teneur en oxygène, la couleur et la
transparence de l'eau, les courants sont d'importants indicateurs du
comportement des unités de centaines de pêcheries commerciales de surface ou
de grandes profondeurs contrôlées par des techniques de plus en plus
sophistiquées. Il ne faut pas oublier le rôle joué par les scientifiques, le rapport entre la biologie et la pêche étant particulièrement étroit, notamment pour l'évaluation des stocks, la définition et la quantification de l'effort de pêche ainsi que pour l'estimation de la vulnérabilité des espèces capturées. 7.
Exploration des lieux de pêche Les campagnes de prospection et de cartographie pour la recherche de nouvelles zones de pêche peuvent être menées soit par des scientifiques soit par des professionnels. Elles font appel à des moyens de plus en plus modernes,
que ce soit en hydroacoustique avec les sondeurs multifaisceaux ou les systèmes
de positionnement (du DECCA en 1965 au GPS fin des années '80). Elles ont également donné la possibilité d'aller plus
profond (1800 à 2000 mètres en chalutage) et de redéployer la
flottille thonière tropicale dans l'Océan Indien (1981). L'arrivée des transistors puis des microprocesseurs a permis le développement et la miniaturisation de tout l'équipement électronique et de l'informatique embarquée. La généralisation de cet informatique depuis la seconde moitié des années 80, a aussi profondément modifié la navigation (route et pêche) avec l'utilisation de cartes électroniques. Couplées avec un système de positionnement par
satellite et des répertoire de croches et accidents de fond, ces cartes ont
contribué à réaliser des parcours de pêche de plus en plus précis avec une
marge d'erreur minimum et une plus grande sécurité. Les moyens de communication, passant du poste radio à lampes aux transmissions par satellite (téléphone, télécopie, Internet), ont amélioré la sécurité de manière non négligeable, notamment avec la mise en service du système mondial SMDSS 8.
Stratégies et tactiques de pêche Le choix de la meilleure méthode d'exploitation d'une zone
de pêche est déterminé non seulement par l'efficacité d'une certaine
technique de pêche avec un type de navires donné, mais est également fonction
des facteurs économiques, géographiques et sociologiques. Il faut également prendre en compte les investissements et
les dépenses d'exploitation en relation avec les captures prévues, la compétence
du personnel et l'infrastructure de soutien, ainsi que l'impact sur d'autres pêcheries
exploitant le même stock et sur d'autres populations de poissons partageant le
même habitat. C'est pourquoi, au cours de ces 30 dernières années,
la pêcherie thonière tropicale s'est installée en Afrique de l'ouest puis
dans l'Océan Indien, avec différentes bases logistiques suivant la pêche. Les
navires ne reviennent maintenant que très exceptionnellement en Bretagne. Pour le chalutage le système de bases avancées pour la pêche
industrielle a débuté en 1975 avec des résultats mitigés ; repris en 1994,
il permet jusqu'à 310 jours de mer par an pour un chalutier armé en pêche
hauturière. Cette méthode nécessite toutefois une assistance sans défaillance
de l'armement. "Un bon poisson est un poisson bien vendu". En faisant leur cette maxime, bien des capitaines ou des armements ont compris qu'en présentant à la vente un produit de qualité, les résultats ne pouvaient être que meilleurs. Aussi a-t-on vu, surtout à partir de la fin des années 80, une réelle évolution du traitement du poisson avec l'installation de machines à glace (avec déssalinisateur d'eau de mer), la mise en caisse puis en conteneurs, et l'adoption de bases avancées pour les flottilles semi-industrielle et artisanale. La mise en couvre combinée de ces techniques et modalités
d'exploitation a engendré une réduction du temps de transit entre lieux de pêche
et de débarquement tout en permettant de livrer un poisson ayant séjourné peu
de temps à bord. Il ne faut pas oublier que la structure des marchés et les variations de la demande des consommateurs ont un impact important sur le choix des opérations, la sélection des engins et des lieux de pêche, ainsi que sur la possibilité de mettre en valeur des ressources comme celles des grandes profondeurs au début des années 90 (empereur et grenadier). 9.
Conclusion L'avenir de la profession doit passer par une gestion
rigoureuse, responsable et durable des pêcheries, prenant en compte l'approche
de précaution comme les États s'y sont engagés en plusieurs occasions depuis
les conférences de Cancun et de Rio de Janèiro en 1992, et dans le respect des
réglementations. Il faudra donc étudier des systèmes à appliquer, avec
leur spécificité, leurs limites et leur conséquences. Citons pour mémoire :
les quotas individuels transférables ou non, les quotas de jours de mer et
d'effort de pêche, la limitation de la performance des engins et de la
puissance des navires (éviter le gigantisme) (annexe 11),
l'augmentation
du maillage, la limitation du nombre de bateaux sur certaines pêcheries (permis
de pêche spécial), les arrêts temporaires de l'activité (avec rémunération),le
contrôle des activités des non-professionnels. Les nouvelles techniques de pêche doivent tendre à réduire
les captures accessoires, les rejets de poisson et les pertes après capture par
l'utilisation de moyens et d'engins plus sélectifs. Un peu partout dans le monde les scientifiques et ingénieurs de divers instituts travaillent sur la modélisation des engins de pêche (chalut et sennes en particulier) et de leurs performances dans le but de mettre au point une méthode de calcul permettant de prévoir leur forme et les tensions dont ils sont le siège. La conception et l'étude de ces engins se feront de plus en plus par C.A.O., évitant ainsi des campagnes à la mer coûteuses et contraignantes.
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Dernière modification :2 Juin 2008 |